26/05/2026
Vu l'insistance à propager des rumeurs accusatrices contre Georges V dans une certaine presse et relayées ensuite dans certains ouvrages, et enfin par des internautes ayant quelques difficultés à recontextualiser correctement les raisons qui ont empêché toute tentative d'exfiltration de la dernière famille impériale, je republie donc cette petite analyse qui explique pourquoi certaines rumeurs persistantes n'en sont pas moins inexactes...
Et j'ajouterai… Méfiez-vous donc des rumeurs dont voici quelques dictons illustrant leur persistance:
les rumeurs possèdent une immense force d'inertie, s'alimentant de la curiosité et de la malveillance pour survivre au temps.
Les traditions populaires et les auteurs du monde entier mettent souvent en garde contre la vitesse à laquelle les faux bruits se propagent et la difficulté presque impossible de les arrêter une fois lancés.
Voici une petite sélection de dictons, proverbes ou citations à méditer, illustrant la persistance tenace des rumeurs et l'impossibilité de les éradiquer.
Ces dictons soulignent à quel point une rumeur s'ancre profondément et refuse de mourir, agissant comme un parasite social :
« Les rumeurs sont comme des rats, il est impossible de s'en débarrasser. » – Andrew Coburn
"La rumeur est un miroir magique qui grossit les traits et ne meurt jamais tout à fait. » – Dicton populaire
« Un mensonge a le temps de faire le tour de la terre pendant que la vérité met ses bottes. » – Proverbe anglo-saxon (attribué parfois à Mark Twain)
😉
Pourquoi Georges V, roi d’Angleterre n’est-il pas intervenu pour sauver la famille impériale de Nicolas II, son cousin ?
Cette question revient souvent, teintée de reproches plus ou moins durs vis-à-vis du monarque britannique.
Pour répondre à cette question, comme à toutes les questions traitant de l’histoire, il est essentiel de se replonger dans le contexte très particulier et difficile de l’époque.
Voici quelques éléments de réponse objectifs à cette délicate question :
L’ Angleterre n’était plus gouvernée par un roi autocrate comme par le passé mais par un système de monarchie constitutionnelle. Le roi ne pouvait donc pas décider seul pour une telle entreprise, les avis au gouvernement britannique étaient assez partagés pour accueillir Nicolas II et sa famille, le renom injustifié de monarque sanguinaire propagé par les bolcheviques pour justifier leur prise de pouvoir, avait franchi les frontières et posait question. Un projet d’exfiltration fut envisagé qui n’aboutit pas, d’autres priorités étant prises en compte pour la sécurité nationale dans les circonstances très difficiles de l’époque.
En effet, il ne faut pas perdre de vue que toute l’Europe était à feu et à sang en cette fin de première guerre mondiale de 14-18 et les préoccupations et les efforts de l’Angleterre s’orientaient davantage vers la protection nationale. Le sort d’un souverain qui avait par ailleurs abdiqué et que l’on ne pensait de ce fait plus directement mis en cause par les révolutionnaires, passait évidemment au second plan. Personne en effet n’imaginait une telle issue pour la famille impériale et les priorités britanniques étaient bien sûr ailleurs.
Après l’abdication de Nicolas II, toute la famille impériale fut mise en résidence surveillée sous bonne garde à Tsasrkoié Sélo dans un premier temps puis à Tobolsk ensuite à partir de fin juillet 1917, par le gouvernement provisoire. Jusque-là, pas trop d’inquiétudes. Mais , la famille impériale était quand même dans l’impossibilité de quitter le palais Alexandre et accessoirement la Maison du Gouverneur à Tobolsk ensuite et bien entendu la Russie.
C’est lorsque la révolution d’octobre éclata que la situation commença vraiment à se dégrader et lorsque Lénine prit le pouvoir, il prit assez rapidement la décision de déporter la famille impériale à Ekaterinbourg dans la Maison Ipatiev, dite à "destination spéciale". Mais en Europe, personne ne situait bien où ils étaient détenus. C’est grâce à Pierre Gilliard que l’on connaît aujourd’hui tous les détails de cette période de détention avant le dernier séjour à la Maison Ipatiev. Il s’agit donc là d’une décision capitale concernant le sort des Romanov, qui se retrouvèrent dans l’impossibilité de planifier et de concrétiser la moindre tentative de fuite, dans un pays immense, dévasté par la guerre, aux moyens de déplacement rares et très surveillés en cette période de révolution. Et puis il ne s’agissait pas d’une au deux personnes mais de toute une famille avec son entourage…
Quand on considère que les autres grands ducs de la famille Romanov encore vivants ont pour la plupart échoué dans leur tentative de fuite et se sont fait également massacrés sans autre forme de procès par les bolcheviques, on comprend mieux pourquoi toute tentative de fuite était vouée à l’échec en cette période de guerre civile où rien n’était encore gagné pour les rouges menacés par les armées blanches de l’Oural. Souvenons-nous du grand-duc Michel qui était seulement accompagné de son secrétaire et qui n’a malgré tout pas réussi à fuir la Russie.
Un autre point capital, le voile maintenu par Lénine et les bolcheviques sur le sort réel qu’il réservait à la famille impériale, plongeant le reste de la Russie et du monde dans l’incertitude quant au sort qui leur avait été réservé, car même après le drame. Il fallut attendre l’arrivée de l’armée blanche et la désignation du Juge Sokolov près de deux mois plus t**d, pour réellement comprendre ce qui s’était passé et abandonner tout espoir. Lénine savait clairement depuis longtemps le sort qu’il comptait réserver à Nicolas II et sa famille. Il s’était opposé à ce que Nicolas II puisse être jugé, ce qui aurait été logique en considérant les « crimes » qu’on lui reprochait. Mais là encore, le risque de voir Nicolas II être blanchi faute de preuves était trop grand, et la détermination de Lénine à s’en débarrasser sans scrupule l’a bien sûr emporté, d’autant qu’il était aussi animé à titre personnel d’un désir de vengeance contre la monarchie, son frère aîné Alexandre Oulianov ayant été condamné à mort et exécuté en 1887 pour tentative d’ assassinat sur la personne du tsar Alexandre III.
Et pour finir, la guerre se terminant, et la vérité longtemps cachée ayant éclaté à la face du monde, Georges V intervint en envoyant, avec l'accord de son gouvernement, deux navires de guerre vers la Crimée pour sauver les derniers Romanov qui s’y étaient réfugiés dont l’impératrice douairière, mère de Nicolas II, et qui sans cette intervention providentielle auraient très probablement été assassinés égalementr.
Afin de se représenter toutes les difficultés rencontrées pour se déplacer dans un tel pays, à la taille démesurée, aux moyens de communication encore rudimentaires et fort détériorés traversant des steppes désertiques interminables et extrêmement froides durant les longues période hivernales, il est intéressant de se replonger dans la lecture de Michel Strogoff de Jules Vernes, cela donne une petite idée.
Pour terminer, je ne saurais trop insister sur l’importance capitale de la remise en contexte avant de porter des jugements à l’emporte-pièce sur l’histoire. Il faut aussi comprendre qu’à l’époque, tout allait beaucoup plus lentement qu’aujourd’hui, pas de radio, pas de TV, pas d’internet, pas d’informatique, pas d’aviation civile régulière, un service postal lent et très dépendant des conditions de transport et de l’état des installations ferroviaires et routières dans un pays démesurément grand, une téléphonie encore hésitante… et pour couronner le tout, en pleine guerre civile dont l’issue était très incertaine…
Considérant tut cela, Georges V aurait été bien en peine de venir en aide à la famille impériale.