23/08/2026
Focus : L'EFFIGIE ROMANE DU BLASON DE BISCHWILLER (ALSACE). • Les représentations humaines et/ou anatomiques sont rares en héraldique (science et art des blasons et armoiries). | En Alsace [Alsatia, Elsass, s' Elsàss], deux communes - ROUFFACH (voir la notice précédente sur la présente page) et BISCHWILLER - ont un blason officiel portant l'effigie d'une femme assise, représentée de face, portant un jeune enfant sur ses genoux, l'ensemble étant marqué par une grande symétrie. | La figure/ meuble de ces deux blasons est exceptionnelle en héraldique tant au niveau national français que dans les pays germaniques ; il s'agit du thème iconographique de la "VIERGE À L'ENFANT" [Marienbildnis, dite aussi Madone/ Madonna], dans une variante souvent dite "en MAJESTÉ" [Maestà], étant représentée couronnée et assise dans un trône (ou cathèdre), à l'image traditionnelle d'un Empereur, d'inspiration BYZANTINE, et très en vogue dans l'art ROMAN européen. • L'effigie de la "Vierge à l'enfant" fut adopté en 1201, par l'"assemblée des bourgeois" de Strasbourg, alors ville épiscopale, comme effigie pour son "Grand sceau" [Le Minor type 1] - première étape de son affranchissement progressif par rapport au pouvoir épiscopal -, puis, quelques années plus t**d également choisie - en 1208 - pour la bannière strasbourgeoise mais avec toutefois une innovation majeure, en la représentant les bras étendus [Le Minor type 2], devenant ainsi l'emblème officiel strasbourgeois pendant plusieurs siècles (voir les quatre notices précédentes sur la présente page) [nota : (i) solennité de l'Assomption, jour de fête de MARIE, inscrite au calendrier à la date du 15 août, une célébration en vigueur depuis le 5e siècle/ fêtée le 28 août, dite "la Dormition", pour les Églises orthodoxes et celles ayant conservé l'usage du calendrier julien ; (ii) à la date du 22 août est inscrite au calendrier la fête de la "Vierge Marie Reine", jour de fête des prénoms REINE et RÉGINE (en latin, "regina, ae" = reine/ "rex, regis" = roi)].
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Les BLASONS de Roufach et Bischwiller en Alsace, à l'effigie de représentations humaines de l'art roman, remontent tous deux au MOYEN ÂGE, s'inscrivant dans le contexte de l'appartenance de ces villes et environs à l'ÉVÊQUE de STRASBOURG/ Principauté épiscopale de Strasbourg [HOCHSTIFT STRASSBURG/ Fürstbistum Strassburg] ; de multiples possessions et territoires ÉPISCOPAUX existaient en effet au Moyen Âge et sous l'Ancien Régime tant en Alsace (rive gauche du Rhin) que dans l'Ortenau et le Pays de Bade [Baden] (rive droite du Rhin), au sein du Saint-Empire romain germanique [Heiliges Römisches Reich, HRR/ Oberrheinischer Reichskreis], mais toutefois avec une dimension historique très différente : [1] pour ROUFFACH, possession du 7e siècle à la Révolution française (1790-1792) [région épiscopale en Haute-Alsace dite "Haut Mundat/ Obermundat"] ; [2]'pour BISCHWILLER, bien épiscopal uniquement du 11e au 14e siècle (1017-1332), il s'agit donc là plus d'une simple évocation historique plus que d'une réalité territoriale durable, et étant aussi en lien avec la dédicace de l'église paroissiale à Notre-Dame (1300) ; il s'agit d'une certaine manière d'"armes parlantes" [Sprechendes Wappen, Redendes Wappen/ canting arms], liées au nom de la commune : anciennement village de "BISCHOFSWEILER" (attesté dès 1235-1250), composé des termes allemands/ alémaniques : (i) "BISCHOF" = évêque [du grec επισκοπος/ episcopos ; en latin "episcopus, i" (d'où en français le substantif "épiscopat" et l'adjectif "épiscopal") ; en anglais, "Bishop" (perte du "e" initial grec devant une consonne "s", tant en allemand qu'en anglais, classique en linguistique évolutive/ étymologie, mécanisme dit "aphérèse), et (ii) "WEILER" = hameau, petit village / "-willer" en transcription française ; correspondant souvent à des toponymes très anciens de l'époque gallo-romaine ou du Haut Moyen Âge ; issu du latin, "villa, ae" = maison de campagne, résidence, ferme, métairie. • Le rayonnement et le succès de l'iconographie strasbourgeoise de la "Vierge à l'Enfant", de style roman (1201-1208) s'inscrivirent naturellement dans le cadre du gigantesque chantier de la cathédrale de Strasbourg [das Münster], dédiée à Sainte Marie, communément dite "Notre-Dame" [Unser Frau], édifiée sous l'égide la prestigieuse Fondation de l'ŒUVRE NOTRE-DAME remontant au moins au 13e siècle [Opus Sancte Marie/ Werk Unser Lieben Frau/ Frauenwerk], inscrite sur la liste du patrimoine culturel immatériel mondial par l'UNESCO/ World Intangible Cultural Heritage.
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> illustration : BLASON de la ville de BISCHWILLER (en allem. Bischweiler) [arrdt. Haguenau-Wissembourg, dép. Bas-Rhin, Alsace], illustration réalisée par Robert LOUIS (1902-1965), officier de la Brigade des Sapeurs-Pompiers de Paris (BSPP), dessinateur-héraldiste des Services officiels pour l'armorial des communes du département du Haut-Rhin • repères historiques : un vaste domaine, situé en Basse-Alsace [Unterelsass], à environ vingt kilomètres au nord-nord-est de Strasbourg, onze kilomètres à l'est-nord-est de Brumath [l'antique "Brocomagus"], et huit kilomètres au sud-est de Haguenau, fut offert en 1017 à l'Évêque de Strasbourg par l'Empereur Henri II [= Heinrich II. (HRR)] ; un siècle plus t**d, l'Évêque y fondait une métairie [Meierhof], rapidement devenue un hameau puis qualifié, à partir de 1236, de village et dénommé "Bischofsweiler" [littéralement : village de l'Évêque, voir ci-dessus] ; une église dédiée à Notre-Dame y étant construite vers 1300 || mais l'ensemble fut vendu dès 1332 à une famille seigneuriale, passant de mains en mains, puis relevant des comtes palatins du Rhin [Pfalzgrafschaft bei Rhein/ Kurpfalz] à partir du 15e siècle, et enfin de la famille de Deux-Ponts-Birkenfeld [Pfalz-Zweibrücken-Birkenfeld] y ayant un château de résidence (dit "de Tieffenthal", confisqué à la Révolution et rasé peu après) || village et château à l'origine du bourg puis de la ville de Bischwiller, ayant surtout connu un développement majeur à partir du début du 19e siècle avec l'essor de l'industrie textile, très réputée (avec en particulier les célèbres tissus rouge garance/ teinture issue des racines de la plante "Rubia tinctorum") • représentation de la "VIERGE À L'ENFANT", assise dans un trône [= "en Majesté"], avec les bras étendus à l'horizontale, les avant-bras légèrement orientés vers le haut, avec les paumes tournées vers l'avant, en signe de prière et de protection, souvent dite "Vierge ORANTE" [Orans, Oranti, Orantenhaltung], un thème iconographique particulièrement original (de par la position assise, alors que les "Vieges orantes" sont en général debout) et sans réel équivalent, qui avait été adoptée en 1208 pour la bannière de STRASBOURG [Le Minor type II, voir notices précédentes], et figurait déjà sur le sceau du maire et du tribunal de Bischwiller datant de 1521 ; toutefois, cette effigie était déjà supprimée quelques années plus t**d par la Réforme et le passage de Bischwiller au protestantisme à partir de 1525 || en 1648, lorsque l'Alsace devint province royale française, sous le règne de Louis XIV - par le traité de Münster mettant fin à la Guerre de Trente Ans (1618-1648) -, puis après 1681, lors du "rattachement" de Strasbourg à la France, et enfin le traité de Ryswick en 1697, les appartenances des différents territoires de l'Alsace restèrent quasi inchangée jusqu'à la Révolution française (1789-1792), en revanche, le catholicisme fut réintroduit dans toutes les communes (tout en conservant les institutions protestantes, et avec souvent un "simultaneum" pour l'usage des églises), et le blason médiéval de Bischwiller fut alors remis en vigueur • l'ARMORIAL DE LA GÉNÉRALITÉ D'ALSACE, réalisé de 1696 à 1704 sur ordre de Louis XIV, décrivait ainsi le blason de la ville de Bischwiller : "D'azur à la Ste. Vierge couronnée de trois étoiles, assise sur une chaise, les bras étendus et ayant le petit Jésus sur ses genoux, le tout d'or" [nota : en héraldique, "azur" = bleu] • la description officielle ACTUELLE du blason de Rouffach étant restée quasi similaire à celle de l'Armorial de 1696-1704 : "D'azur à la Sainte Vierge orante, couronnée et assise sur un trône, l'Enfant sur son genou, le tout d'or" [l'Enfant étant à sénestre/ porté par Marie de son côté gauche, et donc à droite sur le blason] ; nota : fait rare, la Vierge et l'Enfant étant représentés SANS AURÉOLE ou "gloire" (symbole traditionnel de sainteté) [extrait conférence et collection Pr. Jean-Marie Le Minor].
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Références (et pour approfondir/ voir également réf. notices précédentes) :
• "Armorial de la généralité d'Alsace. Recueil officiel dressé par les ordres de Louis XIV et publié pour la première fois", 1861.
• Louis Schoenhaupt, "Armorial des communes d'Alsace", 1900 [et édition en allemand : 'Wappenbuch der Gemeinden des Elsass', 1900].
• "Les armoiries des communes du Bas-Rhin", 6 tomes, 1947-1963.
• "Armorial des communes du Haut-Rhin", 4 tomes, 1977-1981 [et 2e éd. 1984].
• Pierre Jaillard, "Les blasons. Art et langage héraldique", (préface de Michel Pastoureau), Hachette éd., 2013.
• "Die alten Territorien des Elsass nach dem Stande vom 1. Januar 1648", Strasbourg, 1896 (186 p.).
• Friedrich Wilhelm Culmann [Frédéric Guillaume], "Geschichte von Bischweiler, nebst einer statistischen Darstellung des heutigen Zustandes dieses Ortes", J.H. Heitz éd., 1826 (152 p., avec vue et plan) [(1793-1883, pasteur à Bischwiller de 1815 à sa mort en 1883].
• Eugène Bourguignon, "Bischwiller depuis cent ans", 1875 (368 p., avec 1 pl.) [docteur en médecine (1824-1880), thèse de doctorat en 1849 à Strasbourg, intitulée : 'Notes pour servir à l'ancienne Faculté de médecine de Strasbourg'] (et reprint : Res universis, 1993).
• August Koecher, "Die Aemter Offendorf und Bischweiler und die drei Doerfer Kaltenhausen, Schirrheim, und Schirrhofen. Eine geschichtliche Studie", 1907 (128 p.).
• Katharina Dehio, "Die Bischweiler Tuchindustrie von ihren Anfängen bis zum Jahre 1870", Strasbourg, 1912 (52 p.).
• Charles Conrad, "Album-guide de Bischwiller, avec un aperçu historique", 1924 (98 p. et plan).
• Albert Uhlhorn, "Das Siegel und Wappen der Stadt Bischweiler", Elsäss. Monatsschr. Gesch. Volkskunde, 1911, p. 600-607.
• Jules Camus, "Le développement économique et social de Bischwiller", Heitz éd., 1939 (162 p.).
• Antoine Fritsch, "Le sceau et les armoiries de Bischwiller", 1967 (8 p.) [docteur en médecine, thèse de doctorat en 1949 à Strasbourg, intitulée : 'Considérations sur l'érythème induré de Bazin'].
• Antoine Fritsch, "Bischwiller, histoire d'une petite ville industrielle du Bas-Rhin", 1972 (152 p.) [docteur en médecine, voir réf. précédente].
• Yves Hemmendinger, "Les établissements hospitaliers départementaux de Bischwiller. Enquête médicaux sociologiques", thèse doct. méd. Strasbourg, 1978 (182 p.).
• Marc Gemmerle & Gilbert Huttel, "Bischwiller en cartes postales anciennes", 1986 (144 p.).
• Marc Gemmerle, "Cent ans de la vie d'un hospice 1888-1998. Les établissements hospitaliers de Bischwiller", 1987 (198 p.).
• Christian Günther, "Bischwiller au fil de l'histoire. Une étude historique, un guide pour le Musée de la Laub", Bischwiller, Assoc. Amis Musée de la Laub de Bischwiller éd., 1987 (94 p.).
• Michel Rustenholz, "Histoire des établissements hospitaliers de Bischwiller de 1888 à 1948", thèse doct. méd. Strasbourg, 1988 (142 p.).
• Walter Rinckenberger, "Bischwiller 1870-1988. Destins et facettes d'une cité industrielle", Assoc. Amis Musée de la Laub de Bischwiller éd., 1990 (192 p.).
• Christian Günther & Gilbert Huttel, "Bischwiller", A. Surton éd, 1999 (128 p.).
• Charles Weick, "Les protestants à Bischwiller. Leur grande et petite histoire 1525-1999", Assoc. Amis Musée de la Laub de Bischwiller éd., 1999 (168 p.).
> site web et projet "SigiAl" : Sigillographie participative de l'Alsace et du Rhin supérieur (Université de Strasbourg/ dépôts d'archives d'Alsace et du Rhin supérieur/ Fédération des sociétés d'histoire et d'archéologie d'Alsace/ avec nombreux collaborateurs issus de la société civile, érudits, et chercheurs bénévoles).
> base nationale "SIGILLA" : base numérique des sceaux conservés en France.
> musées : Musée de la Laub à Bischwiller || Musée historique de la ville de Strasbourg || Musée de l'Œuvre Notre-Dame, Strasbourg.