03/02/2026
Le 5th SAS belge
Des ombres venues d’Écosse pour libérer l’Europe
Le 5th SAS Squadron (Belgique) naît officiellement le 4 février 1944, lorsque le détachement belge est intégré à l’ordre de bataille de la brigade SAS britannico-franco-belge, placée sous le contrôle du 21e groupe d’armées commandé par Bernard Montgomery. Cette brigade constitue une première mondiale : la première force spéciale multinationale jamais créée, pensée spécifiquement pour préparer et accompagner la libération de l’Europe occupée.
Installés en Écosse, les volontaires belges sont cantonnés au château de Loudoun, un lieu austère et isolé, parfaitement adapté à l’entraînement exigeant des forces spéciales. La brigade est alors commandée par le général britannique MacLeod, tandis que le 5th SAS belge est placé, durant toute la guerre, sous l’autorité du lieutenant-colonel Blondeel, figure centrale de l’unité. Discipline, autonomie, endurance et capacité d’initiative deviennent les piliers de ces hommes destinés à combattre loin derrière les lignes ennemies.
Le baptême du feu : la Normandie
Le 27 juillet 1944, le 5th SAS entre enfin en action. Les premières missions portent des noms de code évocateurs : CHAUCER, SHAKESPEARE et BUNYAN. L’objectif est clair et double. Il s’agit d’abord de renseigner les Alliés sur les mouvements allemands en arrière du front normand, puis de harceler l’ennemi par des embuscades ciblées, sabotages et actions de désorganisation. Opérant en petits groupes, souvent isolés, les SAS belges frappent vite, disparaissent, et contraignent les forces allemandes à disperser des unités déjà sous pression.
Ils sont ensuite engagés dans les opérations HAGGARD et TRUEFORM, en appui direct des SAS britanniques, afin de contribuer à la fermeture de la poche de Falaise. Cette phase est particulièrement meurtrière. Les combats sont violents, les patrouilles traquées sans relâche par des unités allemandes déterminées à éliminer ces commandos insaisissables. Les pertes sont lourdes, mais l’impact opérationnel est réel.
Combattre pour la patrie
À la fin de l’été 1944, les SAS belges opèrent enfin sur leur propre sol. Les missions NOAH (région de Gedinne), BRUTUS (environs de Durbuy), BERGBANG (secteur de Spa) et CALIBAN (canal Albert) marquent leur engagement direct dans la libération de la Belgique. Ces opérations combinent reconnaissance, actions de guérilla et coordination avec les forces alliées en progression.
Lorsque l’Allemagne lance sa grande offensive d’hiver dans les Ardennes en décembre 1944, les SAS belges sont à nouveau engagés. En lien avec le 4th SAS français, dans le cadre des opérations FRANKLIN et REGENT, ils participent à la lutte contre les forces de Gerd von Rundstedt, multipliant les coups de main et le renseignement au profit des Alliés dans une situation critique.
La traque et l’héritage
À la fin du conflit, les SAS belges poursuivent leur mission autrement. Comme leurs homologues britanniques, ils prennent part à la chasse aux criminels n***s. L’un des membres du 5th SAS se distingue particulièrement en participant à l’arrestation de Joachim von Ribbentrop, ancien ministre des Affaires étrangères du Reich.
Fidèles à leur devise — « Qui ose gagne » — les SAS belges ont été parmi les premières unités alliées à entrer en Belgique puis en Allemagne, opérant souvent avant même l’arrivée des forces conventionnelles. Leur action, discrète mais décisive, leur confère une place singulière dans l’histoire de la libération de l’Europe occidentale.
Le 21 septembre 1945, le détachement perd officiellement son appellation de 5th SAS, date à laquelle il est reversé dans les rangs de l’armée belge. Mais l’esprit demeure. Celui d’hommes qui, dans l’ombre, ont porté le combat au cœur même de l’appareil ennemi, et dont l’audace pesa bien au-delà de leur nombre.