10/05/2026
🔷 Les Jodoignois, le « rêve égyptien » et les tableaux d’Hector Defoër-Bey.
Dévaluation aidant, selon les travaux d’histoire économique les plus récents, posséder 1 franc, avant la Première Guerre mondiale - à savoir 1 franc-or – équivaudrait aujourd’hui à posséder 4 ou même 5 euros !
Jodoigne peut dès lors s’enorgueillir d’avoir compté parmi ses habitants un véritable « nabab » dont la fortune personnelle était, à la grosse louche, évaluée, en 1880, à 20 millions de francs-or, l’équivalent d’une fortune oscillant donc, en 2026, entre 80 et 100 millions d’euros ! Entre 3,2 et 4 milliards de nos anciens francs ! Est-ce Dieu imaginable ?!
Ce « nabab » n’était autre qu’Hector Defoër, né à Jodoigne en 1832, au sein d’une famille modeste établie dans le quartier Saint-Médard. Il avait vu le jour dans une bâtisse de la chaussée de Charleroi dont on n’a conservé qu’une partie de l’enveloppe et qui abrite depuis quelques années « L’Espace Géradin ».
Parti en Egypte en 1851, à la suite de son frère Aîné Auguste, ce jeune homme avait connu un destin exceptionnel. Arrivé sur l’ancienne terre des pharaons quasiment sans un sou, il en était revenu immensément riche grâce aux largesses de son mentor, le khédive Ismaïl Pacha, mais aussi à son implication dans le monde bancaire du Paris des décennies des années 1860 et 1870.
Et que fait-on quand on dispose d’une telle fortune ?
On construit des immeubles aux abords des nouvelles artères parisiennes, on se construit un château, non pas en Espagne, mais à Jodoigne – le château des Cailloux -, et on collectionne ! Les billets de banque, cela va de soi, mais aussi, et surtout dans le cas d’Hector Defoër, les œuvres d’art ! Pour le beau, peut-être ; pour l’argent, sans aucun doute !
Durant les années 1870, savamment mises en valeur par quelques grands marchands parisiens, les toiles des maîtres de l’école française moderne, celles des pré-impressionnistes, voient leur valeur augmenter d’année en année ! L’heure est à la spéculation à coup de piles de billets ! Et Hector a les moyens de jouer dans la cour des grands !
Au début des années 1880, il dépense, en deux ans de temps, environ 1 million et demi de francs-or (6 à 7,5 millions d’euros) pour devenir l’heureux propriétaire de toiles de Corot, Millet, Meissonier, Dupré, Decamps, Rousseau, etc.
Presque rien n’échappe à sa boulimie spéculative ! Il se plaît à contempler les tableaux qu’il a rassemblé dans son appartement parisien du 104 boulevard Haussmann.
La construction du château des Cailloux s’étant terminée durant les années 1883-1884, il décide de très richement le décorer et de ramener à Jodoigne ses Corot et autres Millet ! Il faut bien garnir les murs de l’imposante bâtisse...
➡️ Ce jeudi 21 mai, à 20 h, à l’occasion d’une conférence que je donnerai en l’Hôtel des Libertés, sur la Grand-Place de Jodoigne, je me ferai un plaisir de vous raconter l’histoire, assez incroyable, de la formation de cette collection de tableaux modernes d’Hector Defoër, un très grand nombre de ceux-ci trônant fièrement aujourd’hui dans les salles hyper-sécurisées de musées éparpillés sur la surface de la planète, du Japon aux Etats-Unis, en passant évidemment par la France. Une heure plus tôt, aura lieu le vernissage d’une exposition, axée sur le même sujet, qui sera accessible sur place jusqu’au 14 juin prochain.
Vous êtes cordialement invités, ce 21 mai, au vernissage (19h) ainsi qu’à la conférence (20 h), à la seule condition de signaler votre participation et de réserver votre place en me contactant via mon adresse mail [email protected]. Apprêtez-vous à vous plonger dans le Paris des folles enchères !
Joseph Tordoir
Historien