10/10/2025
"Bauduin" est un patronyme assez répandu dans notre région. Dans cet article, je vous raconte l'histoire de deux cousins tombés au Champ d'Honneur. l'un au début de la guerre, l'autre en toute fin.
il s'agit des cousins Bauduin : Jules et Léon Désiré
D'abord, faisons un peu de généalogie pour trouver une relation entre ces deux hommes.
Le 6 janvier 1869, s’unissent en la commune d’Ecaussines d’Enghien Grégoire[1] et Marie Louise Vandenberghe [2] le couple aura au moins huit enfants dont Henri Floribet [3] et Émile François [4]. Ces deux fils donneront également la vie.
Le couple Bauduin-Vandenberghe déménage avec ses enfants, ils rejoignent la cité de La Louvière nouvellement créée et ses fosses. Les deux frères y exercent le métier d’Houilleur.
Henri Floribert [4] s’unit à Marie Staquet [5] dans la commune de La Louvière en 1894. Deux ans auparavant, le couple qui s’est installé dans le quartier de Mitant des camps eut un garçon prénommé Jules. Il est né le 16 janvier 1892. Henri et Marie auront encore au moins deux filles.[6]
Émile François quant à lui s’installe avec son épouse Elvire Waterlot dans le quartier de Bouvy. Ce couple s’est uni le 19 novembre 1892. Le 1ier juillet 1893 vient au monde Léon Désiré. Naitra de cette relation encore au moins une fille. [7]
Nous nous intéresserons alors à ces deux cousins Jules et Léon. Ils vivent et grandissent dans ces deux quartiers populaires de La Louvière que sont Bouvy et Mitant des Camps. Ces quartiers étant voisins, on peut imaginer que les garçonnets se côtoient et grandissent ensemble.
Par la suite, Jules devient machiniste. On ne connait pas la profession de Léon.
En 1912, Jules est appelé au service en tant que soldat 2ème classe. Il rejoint le 1ier régiment de ligne où il reçoit la matricule 101/58379. Il mesure alors 163 cm. Jules a le visage ovale, un teint basané. Son front est décrit comme moyen et son nez est droit d’une forme moyenne. Sa bouche est décrite comme moyenne mais possède de larges lèvres qui surmontent un menton rond. Ses cheveux sont drus et de couleurs bruns comme ses yeux. Jules a un signe particulier, il est marqué par des brulures à la poitrine et au dos. Son casier judiciaire est vierge.
En 1913, c’est au tour de Léon d’être appelé au service de la milice. Il est également dans l’infanterie, au 4ième régiment de ligne en tant que soldat 2ème classe avec le numéro de la matricule 104/58284.
Quand la guerre éclate, les deux hommes sont toujours célibataires. Le 1ier août ils sont présents dans leur régiment respectif. Jules est au 1ier régiment de ligne, dans le 3ème bataillon. Léon quitte son domicile situé au numéro 48 de la rue Faignart et rejoint le 4ième de ligne 2ème bataillon, 6ème compagnie.
Le parcours des deux hommes n’est pas renseigné mais ils se retrouvent tous les deux dans les combats de l’Yser.
Le sort de Jules n’est pas très clair. Néanmoins, on sait qu’il participe à la bataille de L’Yser. Malgré une enquête de plusieurs années, il est impossible de dater sa mort avec certitude. Il serait tombé aux avants postes de Dixmude dans le village de Vladsloo entre le 14 octobre et le 15 novembre 1914.
Quoi qu’il en soit, il fut d’abord inhumé à Vladslo. En juillet 1924, il est exhumé et transféré au cimetière de Keiem où il repose toujours aujourd’hui. Dans ce cimetière, on retrouve 590 soldats belges dont 364 tombes d’inconnus. Ces soldats belges inconnus sont principalement tombés durant les sanglants mois d’octobre et de novembre 14.
Léon a plus de chance, il survit à ces terribles combats. Il reçoit la croix de l’Yser en 1921, ce qui signifie qu’il participe bien à cette bataille.
Le 14 juillet 1916, il est renseigné au 4èmede ligne, dans le 3ième bataillon, 2ème compagnie.
Derrière L’Yser, Léon ne semble pas inactif. Il devient caporal et par un arrêté Royale du 19 août 1918, est décoré de la croix de guerre.
Nous sommes le 28 septembre 1918, le temps est mauvais, la pluie glaciale, le vent et le froid sont de la partie. Léon est toujours au 4ème de ligne, dans le 3ième bataillon, 2ème compagnie. C’est le grand jour pour l’armée belge, elle va passer à l’offensive libératrice. Il est 2h30, le canon tonne, écrasant les premières lignes allemandes. La 7ème division d’infanterie, regroupant les 4èmes, 23 et 24ème régiments dont fait partie Léon, a pour mission difficile de prendre le bois d’Houthulst. On dit du bois que celui qui le contrôle, contrôle toutes les Flandres. En octobre 1917, Britanniques et Français s’y sont cassés les dents. Depuis, ce bois de 16 km² est constamment sous le feu de l’artillerie. Cette forêt paraît impénétrable, imprenable : Trous d’obus remplis d’eau, arbres déracinés, barbelés, nids de mitrailleuses camouflés, positions de minnenwerfers et d’artillerie de tous calibres, tout y est hostile. Les Allemands y sont bien retranchés et attendent nos « jass » de pied ferme. On a même pensé le contourner mais la perte de temps estimée est trop grande. À 5h30, les hommes franchissent les parapets. La marche est lente, semée d’embuches et de milliers de pièges. L’ennemi s’accroche au terrain, les Belges se battent comme des lions. L’artillerie est efficace, l’infanterie courageuse. Les hommes progressent à une vitesse étonnante au prix de lourdes pertes. En fin de journée, la presque totalité du bois est aux mains des Belges. Nos alliés Français n’en reviennent pas. Par trois fois, ils demandent aux Belges de confirmer la nouvelle ! Les Allemands y lance une contre-attaque désespérée, repoussée par nos hommes. Le lendemain, le bois est totalement sous contrôle belge. Léon est blessé durant ces terribles combats, il trépasse le 30 à West-Roosebeek.
Provisoirement inhumé à la Halte de West-Roosebeke le 11 octobre 1918. Il trouve finalement le repos éternel dans le cimetière militaire d’Houthulst où il est enterré le 12 juin 1924. Léon repose dans la tombe M-1471.
Décorations de Léon Désiré Bauduin :
- 8 chevrons de front.
- Croix de guerre (19 août 1918)
- Croix de Chevalier de l’ordre de Léopold II avec palme (10 décembre 1919)
- Croix de l’Yser (8 février 1921)
Décorations de Jules Bauduin :
- Médaille commémorative de la guerre 1914-1918 (25 octobre 1919)
- Médaille de la victoire (le 22 décembre 1919)
- Croix de Chevalier de l’ordre de Léopold II avec palme (12 janvier 1920)
- Croix de guerre avec palme (12 janvier 1920)
Croix de l’Yser (30 avril 1920)
Note :
- [1] Né le 3 mars 1843 à Ecaussinnes-d’Enghien, exerce le métier de tailleur de pierre.
- [2] Née le 26 août 1848 à Ecaussinnes-d’Enghien, servante de profession.
- [3] Né le 24 decémbre 1870 à Ecaussinnes-d’Enghien, profession Houilleur
- [4] Née le le 19 octobre 1870 à La Louvière.
- [5] Léocadie, né à La Louvière le 5 août 1903 et Alphonsine Félicienne, née à La Louvière le 20 octobre 1906.
- [6] née à Haine-Saint-Paul le 21 décembre 1871.
- [7] Denise Catherine, née à La Louvière le 22 février 1902.
Sources :
- Dossier militaire personnel n° 4060681(500) - service des Archives de La Défense, Evere. Août 2020. Consulté en août 2020.
- Dossier militaire personnel n° 3165063(524) - service des Archives de La Défense, Evere Août 2020. Consulté en août 2020.