01/06/2026
[ ANCRAGES - DANIÈLE LEMAIRE & HÉLÈNE LOCOGE AU TRINKHALL MUSEUM ]
Danièle Lemaire (1939-2025) serait-elle tombée de la lune, comme
on dit, souvent, à propos des artistes « fragiles », pour se dédouaner de
comprendre et de voir ? Comment les croire – ou les vouloir ! – libres
d’ancrages, d’histoire, de culture, ainsi réduits au seul périmètre d’une
altérité fantasmée ? L’œuvre de Danièle Lemaire, au contraire, comme
de chacun, est riche des mondes qu’elle a traversés, d’influences,
d’impressions, d’échanges, de souvenirs, d’histoires à la fois manifestes et
secrètes, dites et tues par l’opération de peindre. Elle traîne en son sillage
le visage et la peinture de sa mère, Hélène Locoge (1915-2005), auprès de
qui elle vit jusqu’à l’âge de trente ans, la longue imprégnation des œuvres
et des gens, l’atelier de la mère et la maison familiale où se rencontrent
les artistes du Hainaut, Louis Buisseret, Albert Ludé, Achille Chavée et
bien d’autres, entre figuration, surréalisme et abstraction. Il existe entre les
travaux de la mère et de la fille de discrètes mais évidentes résonnances,
que cette exposition donne à voir. Au mi-temps de sa carrière, Hélène
Locoge, connue surtout comme portraitiste, s’éloigne de la figuration et
se lance avec ardeur dans l’abstraction. On ne trouvera pas, chez sa fille,
une telle rupture dans le projet de peindre, mais, au contraire, pendant les
trente années qu’elle passe ensuite aux ateliers du 94, à La Louvière, une
forme d’indétermination, comme d’indistinction délibérée entre figuration
et abstraction, précisément, qui confère à l’œuvre son style propre et sa
poétique – sa philosophie muette...