27/04/2026
"𝗟'œ𝗶𝗹 𝗱𝗲𝘀 𝗽𝗹𝗶𝘀", 𝗻𝗼𝘁𝗿𝗲 𝗻𝗼𝘂𝘃𝗲𝗹𝗹𝗲 𝗲𝘅𝗽𝗼𝘀𝗶𝘁𝗶𝗼𝗻 𝘁𝗲𝗺𝗽𝗼𝗿𝗮𝗶𝗿𝗲 𝗲𝘀𝘁 𝗱𝗲́𝘀𝗼𝗿𝗺𝗮𝗶𝘀 𝗮𝗰𝗰𝗲𝘀𝘀𝗶𝗯𝗹𝗲 𝗷𝘂𝘀𝗾𝘂'𝗮𝘂 𝟭𝟯 𝘀𝗲𝗽𝘁𝗲𝗺𝗯𝗿𝗲 𝟮𝟬𝟮𝟲 ! 🤩
Un pli peint dans un tableau donne d’emblée envie de s’approcher. Il réveille l’attention et attire. Il invite à scruter, donnant à croire qu’il y a quelque chose de plus à voir. Le pli change la vision en regard.
En effet, il y a un œil des plis. Ceux-ci proposent une manière particulière de regarder le monde. Ils placent le spectateur dans un registre différent : celui où l’on découvre qu’il y a un dedans au devant, que la surface est profondeur, et le réel, mystérieux. Invitant à la remise en cause de notre manière superficielle de voir les choses, ce regard est essentiel à la visite d’un musée.
Contrairement au toucher, le regard est le sens de la distance ; regarder, c’est accepter que les choses restent lointaines, et même reculent, creusant ainsi notre désir. Celui-ci fracture notre suffisance, nous détachant de nous-mêmes. Ce décentrement, cette « exorbitance » pourrait-on dire, est une libération, car ce que l’âme y trouve, c’est une joie profonde.
Les plis nous apprennent aussi le frissonnement des choses et leur impermanence. Ils enseignent que les choses se font et se défont, s’éclairent et se cachent. Leur mode d’être est l’imprévisibilité et la fulgurance, engendrant des plis toujours uniques, toujours nouveaux et impossibles à reproduire. Dans les plis, on est en attente ; ce qui se produit est un don. Cette grâce est à saisir dans l’instant.
La souplesse des plis rend possible le mouvement (pas de mouvement sur un tissu tendu), mais ce mouvement n’est pas autonome : il est induit. Il y a dans les plis la possibilité d’être impressionnés ; ils sont, comme l’âme, sensibles. Regarder dans les plis, c’est s’autoriser à être affecté, consentir à se laisser remuer.
Le monde des plis est labyrinthique mais jamais chaotique. Très complexe (complexe vient d’ailleurs du latin plectere, plier) au point d’être impossible à inventer – rendant le recours au réel indispensable –, en lui tout se tient, tout est relié. On glisse en douceur de l’ombre à la lumière, du dedans au dehors sans césure, mais dans un continuum. À l’opposé de l’éclatement de notre monde, le monde des plis est un monde cohérent. En lui, les choses unifiées et harmonieusement agencées, comme dans le cosmos grec, se répondent, résonnent, correspondent.
Cette unité dynamique et immanente des différences, structurellement féminine par essence, est lieu de gestation, de manifestation, tel un langage. L’œil des plis nous ouvre sur la cohérence des choses et le dévoilement d’un sens. Il tourne le dos à l’insignifiance et l’absurde. Il a quelque chose à nous dire.
𝐏𝐨𝐮𝐫 𝐂𝐚𝐫𝐨𝐥𝐢𝐧𝐞 𝐂𝐡𝐚𝐫𝐢𝐨𝐭-𝐃𝐚𝐲𝐞𝐳, 𝐥𝐞𝐬 𝐩𝐥𝐢𝐬 𝐬𝐨𝐧𝐭 𝐦𝐲𝐬𝐭𝐢𝐪𝐮𝐞𝐬. 𝐋𝐞𝐮𝐫 𝐩𝐫𝐨𝐟𝐨𝐧𝐝𝐞𝐮𝐫 𝐞𝐬𝐭 𝐭𝐫𝐚𝐧𝐬𝐜𝐞𝐧𝐝𝐚𝐧𝐜𝐞. 𝐃𝐚𝐧𝐬 𝐥𝐞𝐮𝐫𝐬 𝐨𝐦𝐛𝐫𝐞𝐬 𝐭𝐫𝐚𝐧𝐬𝐥𝐮𝐜𝐢𝐝𝐞𝐬, 𝐥𝐞𝐮𝐫𝐬 𝐥𝐮𝐦𝐢𝐞̀𝐫𝐞𝐬 𝐢𝐫𝐫𝐞́𝐞𝐥𝐥𝐞𝐬 𝐞𝐭 𝐥𝐞𝐮𝐫𝐬 𝐣𝐨𝐢𝐧𝐭𝐮𝐫𝐞𝐬 𝐢𝐧𝐜𝐚𝐧𝐝𝐞𝐬𝐜𝐞𝐧𝐭𝐞𝐬, 𝐥𝐞𝐬 𝐩𝐥𝐢𝐬 𝐯𝐢𝐬𝐢𝐛𝐥𝐞𝐬 𝐬𝐞 𝐟𝐨𝐧𝐭 𝐩𝐨𝐫𝐞𝐮𝐱 𝐚̀ 𝐥’𝐢𝐧𝐯𝐢𝐬𝐢𝐛𝐥𝐞. 𝐈𝐥𝐬 𝐧𝐞 𝐟𝐨𝐧𝐭 𝐩𝐚𝐬 𝐯𝐨𝐢𝐫 𝐥’𝐢𝐧𝐯𝐢𝐬𝐢𝐛𝐥𝐞, 𝐜𝐞 𝐪𝐮𝐢 𝐬𝐞𝐫𝐚𝐢𝐭 𝐜𝐨𝐧𝐭𝐫𝐚𝐝𝐢𝐜𝐭𝐨𝐢𝐫𝐞, 𝐦𝐚𝐢𝐬 𝐦𝐚𝐧𝐢𝐟𝐞𝐬𝐭𝐞𝐧𝐭 𝐪𝐮’𝐢𝐥 𝐲 𝐚 𝐝𝐞 𝐥’𝐢𝐧𝐯𝐢𝐬𝐢𝐛𝐥𝐞.
𝐋𝐞 𝐟𝐨𝐧𝐝 𝐛𝐥𝐚𝐧𝐜, 𝐬𝐮𝐫 𝐥𝐞𝐪𝐮𝐞𝐥 𝐞𝐥𝐥𝐞 𝐥𝐞𝐬 𝐩𝐞𝐢𝐧𝐭 𝐢𝐧𝐯𝐚𝐫𝐢𝐚𝐛𝐥𝐞𝐦𝐞𝐧𝐭, 𝐞𝐬𝐭 𝐥’𝐢𝐦𝐚𝐠𝐞 𝐝𝐞 𝐥’𝐢𝐧𝐯𝐢𝐬𝐢𝐛𝐥𝐞 𝐥𝐮𝐦𝐢𝐞̀𝐫𝐞 𝐬𝐮𝐫 𝐥𝐚𝐪𝐮𝐞𝐥𝐥𝐞 𝐭𝐨𝐮𝐭 𝐞𝐬𝐭 𝐩𝐫𝐞́𝐥𝐞𝐯𝐞́ 𝐞𝐭 𝐨𝐮̀ 𝐭𝐨𝐮𝐭 𝐫𝐞𝐭𝐨𝐮𝐫𝐧𝐞. 𝐂𝐞𝐥𝐥𝐞-𝐜𝐢 𝐧𝐞 𝐫𝐞𝐬𝐭𝐞 𝐩𝐚𝐬 𝐞𝐧 𝐛𝐨𝐫𝐝𝐮𝐫𝐞 𝐦𝐚𝐢𝐬 𝐝𝐢𝐟𝐟𝐫𝐚𝐜𝐭𝐞 𝐥𝐞𝐬 𝐟𝐨𝐫𝐦𝐞𝐬, 𝐥𝐞𝐬 𝐨𝐮𝐯𝐫𝐚𝐧𝐭 𝐬𝐮𝐫 𝐞𝐥𝐥𝐞.
𝐏𝐚𝐫𝐜𝐞 𝐪𝐮𝐞 « 𝐋𝐚 𝐛𝐞𝐚𝐮𝐭𝐞́ 𝐞𝐬𝐭 𝐜𝐞 𝐪𝐮’𝐨𝐧 𝐧𝐞 𝐩𝐞𝐮𝐭 𝐯𝐨𝐮𝐥𝐨𝐢𝐫 𝐜𝐡𝐚𝐧𝐠𝐞𝐫 » (𝐒𝐢𝐦𝐨𝐧𝐞 𝐖𝐞𝐢𝐥), 𝐥𝐞 𝐫𝐞́𝐚𝐥𝐢𝐬𝐦𝐞 𝐞𝐬𝐭, 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐂𝐚𝐫𝐨𝐥𝐢𝐧𝐞 𝐂𝐡𝐚𝐫𝐢𝐨𝐭-𝐃𝐚𝐲𝐞𝐳, 𝐟𝐚𝐬𝐜𝐢𝐧𝐞́𝐞 𝐩𝐚𝐫 𝐥𝐚 𝐛𝐞𝐚𝐮𝐭𝐞́ 𝐝𝐞𝐬 𝐩𝐥𝐢𝐬, 𝐞𝐱𝐞𝐫𝐜𝐢𝐜𝐞 𝐝𝐞 𝐟𝐢𝐝𝐞́𝐥𝐢𝐭𝐞́ 𝐞𝐭 𝐥𝐨𝐮𝐚𝐧𝐠𝐞. 𝐏𝐨𝐮𝐫𝐭𝐚𝐧𝐭, 𝐥𝐞𝐬 𝐩𝐥𝐢𝐬 𝐪𝐮’𝐞𝐥𝐥𝐞 𝐩𝐞𝐢𝐧𝐭 𝐬𝐚𝐧𝐬 𝐫𝐞𝐥𝐚̂𝐜𝐡𝐞, 𝐧𝐞 𝐩𝐫𝐨𝐣𝐞𝐭𝐭𝐞𝐧𝐭 𝐩𝐚𝐬 𝐝’𝐨𝐦𝐛𝐫𝐞 𝐞𝐭, 𝐞𝐧 𝐫𝐞́𝐚𝐥𝐢𝐭𝐞́, 𝐧𝐞 𝐬𝐨𝐧𝐭 𝐫𝐢𝐞𝐧 𝐝’𝐞𝐱𝐢𝐬𝐭𝐚𝐧𝐭. 𝐈𝐥𝐬 𝐬𝐨𝐧𝐭 𝐩𝐚𝐫𝐟𝐚𝐢𝐭𝐬 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐞𝐱𝐩𝐫𝐢𝐦𝐞𝐫 𝐥’𝐢𝐧𝐞𝐟𝐟𝐚𝐛𝐥𝐞 𝐝𝐞 𝐥𝐚 𝐟𝐨𝐢 𝐝𝐞 𝐟𝐚𝐜̧𝐨𝐧 𝐟𝐢𝐠𝐮𝐫𝐚𝐭𝐢𝐯𝐞 𝐞𝐭 𝐢𝐧𝐜𝐚𝐫𝐧𝐞́𝐞, 𝐦𝐚𝐢𝐬 𝐚𝐧𝐢𝐜𝐨𝐧𝐢𝐪𝐮𝐞, 𝐨𝐮 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐟𝐢𝐠𝐮𝐫𝐞𝐫 𝐥𝐞 𝐫𝐚𝐯𝐢𝐬𝐬𝐞𝐦𝐞𝐧𝐭 𝐪𝐮𝐞 𝐥’𝐚𝐫𝐭𝐢𝐬𝐭𝐞 𝐞𝐱𝐩𝐞́𝐫𝐢𝐦𝐞𝐧𝐭𝐞 𝐪𝐮𝐚𝐧𝐝 𝐞𝐥𝐥𝐞 𝐩𝐞𝐢𝐧𝐭, 𝐯𝐢𝐝𝐞́𝐞 𝐝’𝐞𝐥𝐥𝐞-𝐦𝐞̂𝐦𝐞 𝐝𝐚𝐧𝐬 𝐥’𝐚𝐭𝐭𝐞𝐧𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐞𝐱𝐭𝐫𝐞̂𝐦𝐞 𝐪𝐮𝐞 𝐜𝐞 𝐭𝐫𝐚𝐯𝐚𝐢𝐥 𝐞𝐱𝐢𝐠𝐞, 𝐞𝐭 𝐝𝐨𝐧𝐭 𝐒𝐢𝐦𝐨𝐧𝐞 𝐖𝐞𝐢𝐥 𝐞́𝐜𝐫𝐢𝐭 : « 𝐋’𝐚𝐭𝐭𝐞𝐧𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐚𝐛𝐬𝐨𝐥𝐮𝐦𝐞𝐧𝐭 𝐬𝐚𝐧𝐬 𝐦𝐞́𝐥𝐚𝐧𝐠𝐞 𝐞𝐬𝐭 𝐩𝐫𝐢𝐞̀𝐫𝐞 ».