08/08/2026
Nous avons accueilli, ce jour au musée, la section Brabant de la Fraternelle des Chasseurs Ardennais. Merci pour leur intérêt !
C’est l’occasion de rappeler les actions des Chasseurs Ardennais dans notre région en 1940.
Les Chasseurs ardennais à Perwez
12, 13 et 14 mai 1940
Des combats des Ardennes à la bataille de Gembloux
Lorsque l’Allemagne envahit la Belgique le 10 mai 1940, la 1re Division des Chasseurs ardennais reçoit pour mission de défendre la Position avancée des Ardennes. Contrairement à une idée largement répandue, il ne lui est pas demandé de défendre le territoire jusqu’au bout, mais bien de ret**der la progression allemande afin de permettre à l’armée belge et aux armées alliées de s’établir sur la ligne principale de résistance, la position Koningshooikt-Wavre (KW). Les Chasseurs ardennais doivent ainsi ralentir l’ennemi en détruisant ponts, routes, carrefours et autres infrastructures avant de se replier de manière ordonnée.
Les 1er, 2e et 3e Régiments de Chasseurs ardennais se distinguent durant ces premiers jours de campagne lors des combats de Martelange, Bodange, Bastogne, Trois-Ponts, Grand-Halleux, Chabrehez et Vielsalm, où ils opposent une résistance opiniâtre aux divisions blindées allemandes et contribuent à ralentir leur progression. Pendant ce temps, le Bataillon Motocycliste des Chasseurs ardennais, commandé par le major Léon Krémer, couvre les destructions préparées, assure le repli des régiments et constitue l’arrière-garde de la division. Créé à la fin de 1939 afin d’accroître la mobilité des Chasseurs ardennais, il est composé de deux compagnies motocyclistes et d’une compagnie d’armes d’appui équipée notamment de mitrailleuses et de canons antichars C47.
Après une première retraite vers la position Hoyoux–Ourthe, les unités franchissent difficilement la Meuse dans la nuit du 11 au 12 mai. La division se regroupe alors au nord-ouest de Namur :
* le 1er Régiment à Belgrade ;
* le 2e Régiment à Suarlée ;
* le 3e Régiment à Temploux.
Le Bataillon Motocycliste atteint également Temploux, où il ouvre son poste de commandement à 4 heures du matin, après une marche particulièrement éprouvante par Huccorgne, Lavoir, Hingeon, Marchovelette, Emines et Saint-Marc. Quelques heures plus t**d, à 9 heures, le major Krémer reçoit un nouvel ordre : quitter immédiatement Temploux pour rejoindre le secteur Perwez – Aische-en-Refail, où il devra participer à la défense de la ligne antichars belge. Ce départ à 10 heures sauve vraisemblablement le bataillon, qui échappe ainsi aux terribles bombardements allemands frappant Temploux durant l’après-midi et causant de lourdes pertes au 3e Régiment de Chasseurs ardennais.
Les bombardements de Temploux constituent l’un des épisodes les plus dramatiques de la campagne pour la 1re Division. Le regroupement des troupes belges et françaises attire l’aviation allemande, qui bombarde intensivement le village. Les destructions sont considérables et les pertes sévères, notamment parmi les hommes du 3e Régiment de Chasseurs ardennais, qui viennent à peine d’achever leur repli depuis les Ardennes. Malgré ces pertes, la division reçoit, dans la soirée du 12 mai, une nouvelle mission stratégique : couvrir le déploiement de la 1re Armée française sur le front Wavre – Gembloux – Namur.
Perwez devient alors un point essentiel du dispositif allié. Située sur la ligne antichars Louvain–Namur, la localité constitue le point d’ancrage nord du secteur confié à la 1re Division des Chasseurs ardennais, chargée d’assurer la liaison entre les forces françaises et la Position fortifiée de Namur.
Le dispositif défensif est organisé comme suit :
* le Bataillon Motocycliste occupe Perwez, transformé en centre antichar fermé ;
* le 3e Régiment de Chasseurs ardennais défend le secteur compris entre Perwez et Aische-en-Refail ;
* le 2e Régiment tient Aische-en-Refail, renforcé par le 3e Régiment de Cyclistes-frontière ;
* le 1er Régiment occupe le secteur de Liernu, assurant la continuité du front vers Namur.
À son arrivée à Perwez, le major Krémer apprend que le quartier général du général René Prioux, commandant le Corps de Cavalerie français, est installé au château d’Aische-en-Refail. Après une visite de courtoisie, le bataillon est momentanément placé sous les ordres du général français avant qu’un nouvel ordre ne le replace, dans la soirée du 12 mai, sous le commandement de la 1re Division des Chasseurs ardennais, puis directement sous celui du 3e Régiment de Chasseurs ardennais. Cette succession d’ordres contradictoires illustre les difficultés de coordination qui règnent alors entre les armées belge et française.
Le Bataillon Motocycliste établit son poste de commandement au Mont, au sud-ouest de Perwez. Ses compagnies, renforcées par des mitrailleuses, des canons antichars C47, des chasseurs de chars T13 et des automitrailleuses T15 du 1er Régiment de Guides, couvrent les accès orientaux de la localité. Le poste de secours est installé près du Bois de Grand-Leez, tandis que les échelons logistiques prennent position à Grand-Leez. Dès 13 h 30, le major Krémer informe le VIIe Corps que toutes ses unités sont en place.
La journée du 13 mai 1940 est particulièrement difficile. Dès la fin de la matinée, Perwez est la cible de plusieurs vagues de bombardements allemands. Dans le même temps, les colonnes blindées françaises du Corps de Cavalerie du général Prioux, qui viennent de combattre dans la région de Hannut, traversent continuellement la localité en direction de l’ouest.
Albert Morsomme, du Bataillon Motocycliste, décrit avec émotion cette journée :
« Vers 11 heures, Perwez est survolée par de nombreux avions allemands et subit un intensif bombardement (…). Le sol tremble des explosions qui se succèdent (…). Une bombe est tombée en plein dans le champ de mines posé la veille ; victimes civiles et militaires gisent là, horriblement mutilées. »
L’un des épisodes les plus dramatiques survient lorsqu’une bombe allemande provoque l’explosion d’un dépôt de mines français, installé au coin de la Grand-Place et de la rue de la Station. La déflagration détruit une grande partie de la place ainsi que les maisons avoisinantes, causant une trentaine de victimes civiles et militaires. Plusieurs Chasseurs ardennais figurent parmi les victimes de cette catastrophe.
Au cours de l’après-midi, les premiers tirs de l’artillerie allemande atteignent la ligne antichars. Le major Krémer déplore le manque de coordination avec certaines unités françaises qui installent des champs de mines dans le secteur défendu par son bataillon sans concertation préalable. À 18 h 30, le colonel Robert, commandant le 3e Régiment de Chasseurs ardennais, installé à la ferme de la Sarthe, ordonne la fermeture des barrières Cointet dès le passage des derniers éléments français. Les Chasseurs ardennais ont alors pour mission de ret**der le plus longtemps possible une éventuelle attaque allemande afin de laisser à la 1re Armée française le temps d’organiser sa ligne de défense le long de la voie ferrée Bruxelles–Namur.
À 20 heures, le poste de commandement du Bataillon Motocycliste est transféré à proximité de l’église de Perwez. Peu après 23 heures, alors que les premiers éclaireurs allemands approchent des obstacles antichars, les Chasseurs ardennais reçoivent l’ordre de décrocher vers Genappe, la ligne française étant désormais en mesure d’assurer la défense du secteur. Le Bataillon Motocycliste emprunte l’itinéraire Thorembais-Saint-Trond – Orbais – Tourinnes-Saint-Lambert – Nil-Saint-Vincent – Mont-Saint-Guibert – Court-Saint-Étienne – Céroux-Mousty – La Hutte. Le repli est rendu particulièrement difficile par l’explosion prématurée de mines françaises, qui provoque plusieurs victimes supplémentaires et oblige les colonnes belges à abandonner les itinéraires prévus.
Les combats livrés à Perwez coûtent la vie à 17 Chasseurs ardennais, appartenant principalement au Bataillon Motocycliste et au 3e Régiment de Chasseurs ardennais. Parmi eux figurent notamment le lieutenant Joseph Clotuche, mortellement blessé le 13 mai, ainsi que les soldats Joseph Bernard, Émile Chatorier, Camille Deneufmoustier, Norbert Detaille, Robert Malhage, Antoine Maziers, Marcel Mehaignoul, Auguste Moyen, Raoul Perpète et Joseph Pirlot pour le Bataillon Motocycliste. Le 3e Régiment perd notamment Armand Detroux, Laurent Doutrewe, Joseph Grégoire, Marcel Hermant, Paul Leroy et Albert Marchal. Plusieurs d’entre eux trouvent la mort lors de l’explosion de la Grand-Place, tandis que d’autres succombent aux bombardements, aux tirs d’artillerie ou au cours du décrochage de la nuit du 13 au 14 mai.
Le sacrifice de ces hommes permit néanmoins aux Chasseurs ardennais de remplir la mission qui leur avait été confiée. Après avoir ret**dé les divisions allemandes dans les Ardennes, ils protégèrent le déploiement de la 1re Armée française sur la position de Gembloux, avant de se replier conformément aux ordres. Si les combats de Bodange, Martelange ou Chabrehez sont aujourd’hui bien connus, ceux de Perwez constituent un épisode tout aussi essentiel de la campagne de Belgique. Ils illustrent le courage, la discipline et le sens du devoir des Chasseurs ardennais, qui, en quelques jours, combattirent sur deux fronts successifs afin de gagner le temps indispensable à la défense du pays.