04/21/2026
LES MARDIS HISTOIRE
Ce qu’on retrouve dans les journaux d’époque 🗞️: le fait divers
La catégorie de nouvelles se classant dans les faits divers au Bas-Canada émerge dès les débuts de la presse écrite. Le fait divers est une stratégie éditoriale importante puisque les nouvelles sensationnalistes permettent d’augmenter les ventes. On fait du spectaculaire à partir de l’ordinaire ! Si certains journaux comme la Minerve classent clairement la section faits divers, la majorité montre qu’on les retrouve dans plusieurs sections. Ils apparaissent souvent sous des titres comme : Nouvelles diverses, Événements singuliers, Accidents, Meurtres, etc.
Le cas spécifique de la Minerve
Si on reprend notre exemple de la Minerve, la rubrique des faits divers regroupe une mosaïque d’événements du quotidien à la fois ordinaires et frappants. Des accidents, souvent liés aux transports, des incendies domestiques, des morts soudaines, plusieurs drames familiaux, mais aussi des anecdotes jugées à l’époque, insolites.
Ce type de contenu connaît un réel succès auprès du lectorat du XIXe siècle. Il répond à plusieurs besoins : l’information, la curiosité et la recherche d’émotion. En mettant en scène des événements proches de l’expérience quotidienne, parfois amplifié par le récit, les faits divers captent l’attention et participent à créer une culture commune.
Dans la Minerve du 28 novembre 1857, on pouvait lire ces deux faits qui représentent bien la diversité de cette rubrique :
«Un jeune criminel—James Rodgers, de 17 ans convaincu du meurtre de Swanton, New-York, sera pendu le 15 janvier prochain. En réponse aux questions d’usage faites par le juge, le prisonnier dit d'un air stupide et effrayé qu’il n'avait rien à dire pour sa justification, qu’il ne se rappelait pas avoir commis le crime, et que s’il l’avait commis, il ne pourrait pas dire par quel motif.
Un phénomène d’embryogénie des plus curieux a été signalé à l’Académie de Médecine par M. le docteur Depaul.
Une femme de 29 ans, déjà mère de cing enfans, demeurant rue des Poulies, à Saint-Denis, vient d’accoucher de deux enfants monstrueux. Ce phénomène rappelle, à certains égards, celui des jumeaux siamois, mais il en diffère sur d’autres points, comme on va le voir par le détail des faits physiologiques observés. Ces deux jumeaux sont soudés par le côté, mais sur la ligne médiane de l’ombilic au p***s exclusivement. C'est ce qui empêche de les allaiter naturellement; on ne pourrait donner le sein à l'un sans étouffer l’autre : on les nourrit donc au biberon. Ces deux jumeaux offrent, comme nous le disions sous le rapport physiologique, des différences frappantes : ainsi, l’un à des yeux bleus, l’autre les a bruns. Ils ne prennent pas leur repos ensemble, et il arrive trop souvent à l’un des deux de crier pendant que l’autre dort ; l’immobilité de l’un semble exciter chez l’autre des velléités de locomotion et de turbulence. En un mot, et à l’opposé des jumeaux siamois qui paraissent n'avoir qu’une volonté et se livrait tous deux simultanément aux mêmes actes, les deux nouveaux jumeaux sont en contradiction pour tous les faits. Ils ont été baptisés et inscrits séparément sous deux noms distincts à l’état civil. Pourtant, M. le maire de Saint-Denis a réuni les deux noms par une accolade, en marge de laquelle il a signé une observation concernant l’anomalie de cette naissance. »
Nous espérons que cette lecture sur le fait divers aura su susciter votre intérêt. Dans le cadre de la journée nationale des patriotes du 18 mai prochain, les chroniques historiques du mardi pour le mois à venir porteront sur plusieurs aspects des Rébellions de 1837-1838. Nous reviendrons au contenu journalistique sous peu. Merci pour votre fidélité !
Prochaine chronique : 5 mai -> Les femmes patriotes et leur influence