09/02/2026
“La femme a le droit de monter sur l’échafaud, elle doit avoir également celui de monter à la tribune.”
✍️ Cette phrase prophétique a été écrite par Olympe de Gouges dans la Déclaration des Droits de la Femme et de la Citoyenne qu’elle publie en 1791 à l’attention de la reine Marie-Antoinette. La semaine passée nous évoquions la date anniversaire de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen ; revenons aujourd'hui sur le parcours inédit de cette femme de lettres et dramaturge, que l’on considère comme l’une des pionnières du féminisme.
Née Marie Gouze, elle voit le jour à Montauban en 1748. Mariée à l'âge de 17 ans, elle devient très vite veuve, mais refuse le titre de “veuve Aubry”. Elle prend son destin en main et emménage à Paris avec son fils. Elle change de nom pour Olympe de Gouges et se met à fréquenter assidûment les salons littéraires. Mais cette femme libre dérange et ses ambitions intellectuelles sont critiquées. Elle garde volontairement son indépendance pour conserver sa liberté de publier.
Elle fait de la lutte contre l’esclavage l'une de ses premières batailles et profite de la parution, en 1784, de sa pièce de théâtre Zamore et Mirza ou L’heureux naufrage, pour faire passer ses convictions antiesclavagistes. Considérée comme une pièce sulfureuse, elle ne sera pas jouée avant la Révolution de 1789.
Favorable à une monarchie constitutionnelle, elle accueille la Révolution comme une occasion de mettre de l’avant ses idées égalitaires. Constatant que le contenu de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 passe sous silence la condition des femmes, elle compose en septembre 1791 une déclaration exigeant une reconnaissance légale, politique et sociale des femmes, dans laquelle elle interpelle directement les Françaises. Le texte ne connaîtra que très peu d’écho et c’est seulement en 1986, à l’initiative de Benoite Groult, qu’il sera republié dans son intégralité.
Associée au mouvement des Girondins modérés, elle s’oppose à l’exécution de Louis XVI et dénonce au travers de pamphlets les propos radicaux de Robespierre. Elle fera les frais de la Terreur : condamnée à mort, elle est guillotinée le 3 novembre 1793.
➡️ La DDFC est considérée comme son legs principal, mais elle est à l’origine de bien des écrits. Longtemps ignorée, Olympe de Gouges est enfin reconnue pour son engagement. Des rues et des édifices portent son nom ; en 2016 son buste entre au Palais Bourbon et elle est citée lors de la Cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Paris. Peut-être entrera-t-elle un jour au Panthéon ?
Image : Olympe de Gouges - Elle s'était offerte pour défendre Louis XVI, Anonyme français, 18e siècle, Musée du Louvre, département des arts graphiques