05/12/2026
Topographie des effacements
Mathieu Gagnon
Ce nouveau chapitre du projet Sanctuaires, une démarche que je poursuis depuis près de trois ans, s’attarde aux paysages fragmentés d’un corridor écologique primordial de l’Est de Montréal, entre friches post-industrielles et îlots de nature urbaine menacés par le développement immobilier et l’agrandissement des infrastructures portuaires. À travers des prises de vues réalisées au cœur des boisés qui disparaissent, l’utilisation d’images d’archives et des modélisations 3D (LiDAR, photogrammétrie), le projet est pensé comme un croisement entre regard humain et vision systémique du territoire.
Parmi les lieux explorés dans cette série, il y a le boisé de l’Assomption, récemment amputé de moitié, et la grande friche de Longue-Pointe, au cœur d’une lutte citoyenne majeure pour la protection de l’environnement et la réappropriation de l’espace public face à l’extension du port. Tout autour, les transformations et la précarité sont visibles : une chapelle brutaliste promise à la démolition, de nouvelles constructions, des infrastructures récentes et des campements dans les boisés, derniers refuges pour de nombreuses personnes en situation d’itinérance. En arrière-plan, les « pyramides » du Village olympique se dressent au-dessus de la grande friche où coulait autrefois le ruisseau Molson. Dans cette zone, la nature, mais aussi la mémoire collective, sont graduellement effacées, et cet environnement est ici considéré comme un récit fragmentaire à recomposer, pour ouvrir sur un horizon spéculatif de régénération du territoire et une réflexion sur le sacré.
Cette recherche a notamment été grandement inspirée par le travail de l’activiste et vulgarisateur naturaliste François Plourde (Renard Frak), ainsi que par le groupe Mobilisation 6600 Parc-Nature Hochelaga-Maisonneuve.
Vernissage : jeudi 14 mai, 18 h
Exposition : du 14 au 30 mai