Cette matière, ce n’est ni la peinture, ni l’encre, ni la terre, ni le bois,
ni l’altuglas, ni le verre. Alchimiste de l’ombre et de la lumière, je traque les nuances et les rythmes
de ces deux réalités indissociables, je sollicite le vide qui dynamise,
je capture le reflet qui révèle l’invisible, je compose une symphonie visuelle
et silencieuse, comme un hymne à la vie. Est-ce la matière que
je sculpte ? Est-ce l’espace ? Est-ce le temps ? Le processus m’échappe, l’intention demeure. Dans un perpétuel mouvement entre transparence et opacité, pesanteur et légèreté, solidité et fragilité, mon travail cherche à rendre compte
de l’ambivalence et de la complexité des objets du monde, cherche à témoigner des relations de distance ou de proximité qui les séparent ou les unissent. Chaque forme lumineuse contient ses strates historiques propres, comme autant d’éléments porteurs de sens et d’énergie.
¬¬Chaque installation éphémère de formes lumineuses dans l’espace obscur d’une salle d’exposition, met en scène des liens insoupçonnés, des interactions improbables, des accords attendus, des désaccords insolites. Le sens se construit, l’énergie circule ...
La participation du spectateur est interpelée, le regard du spectateur reste libre
de ses interprétations et de ses choix. L’œuvre, posée dans un rapport à la subjectivité, s’élabore, s’apprivoise,
se révèle …
À chacun de vivre une expérience esthétique singulière. Mon désir est de toucher , non de guider. Ainsi, approcher cette “ Foule Solitaire “ - et pourquoi pas “ solidaire “ - doit être
une rencontre inédite, un acte individuel qui laisse toute sa place au point de vue. Tout se joue sur la perception, la sensation, l’émotion, voire la projection. Pénétrer dans l’oeuvre comme on pénètre en soi . Du contact avec ces “ sentinelles “ toujours semblables et toujours différentes,
du dialogue avec le tout ou avec le singulier, de l’échange subtil avec l’esprit
d’un lieu “ habité “ par des formes et des expériences humaines ....
naîtra peut-être, je l’espère, l’harmonie, la magie, la joie de l’instant présent. Entretien avec Johu Thiam, Brigitte Lécuyer.