27/05/2026
Nous vous présentons aujourd’hui un cathéter familièrement appelé « DRUM » par ses utilisateurs. Le Musée en possède un exemplaire en parfait état.
Développé dans les années 1970, ces cathéters permettaient de mettre en place une voie veineuse centrale à partir d’une veine du membre supérieur.
C’était une innovation très intéressante, car elle évitait les complications qui pouvaient survenir en posant un cathéter par voie centrale (pneumothorax essentiellement).
Un cathéter veineux central est un tube mince et flexible qu’on met dans une grosse veine arrivant au cœur. On l'appelle aussi voie veineuse centrale ou voie centrale. (VVC)
On peut atteindre ces veines arrivant au cœur (veines cave supérieure et inférieure) par les veines qui drainent le sang soit de la partie supérieure du corps (système cave supérieur), soit de la partie inférieure du corps (système cave inférieur).
Une VVC peut être insérée dans une veine du cou (jugulaire externe ou interne), du thorax (sous-clavière) ou du bras pour le système cave supérieur. Par la veine fémorale pour le système cave inférieur.
Actuellement certains cathéters sont munis de 2, 3 ,4 lumières : on les appelle cathéters à double, triple ou quadruple lumière. Cela permet de recevoir plus d’un traitement à la fois grâce à un seul abord et d’administrer simultanément des traitements qu’il est impossible d’injecter par une même voie (incompatibilité chimique). Selon le type de cathéter, on peut le laisser en place pendant des semaines, des mois ou des années.
Indications des VVC :
• L’absence de voies veineuses périphériques utilisables : patients traités depuis longtemps en IV, vaisseaux vasoconstrictés par le froid (hypothermie dans les accidents de la voie publique l’hiver, ou chez les patients tombés à l’eau : Le Doubs par exemple est à 16 degrés jusqu’en juin), mauvais capital veineux de base…
• L’administration d'agents ayant une toxicité veineuse périphérique, mal supportés par les veines périphériques qu’ils peuvent abimer et qui doivent être administrés pendant plusieurs jours : certains médicaments (Cordarone, certains antibiotiques, potassium, amines vasopressives (adrénalines, noradrénaline…)), les chimiothérapies en général, la liste n’est pas limitative.
• L’administration intraveineuse (IV) de liquides et d’une nutrition parentérale lorsque le patient ne peut plus s’alimenter correctement par voie orale, quel qu’en soit la cause (vomissements, troubles de la déglutition, pathologie ORL, dénutrition importante....,)
Il faut bien se souvenir que dans les années 1970, nous n’avions que des repères anatomiques pour poser les VVC.
La clinique, que la clinique. Les complications pouvaient être au rendez-vous. Seul l’expérience pouvait réduire la fréquence des complications, et l’expérience ne s’acquiert qu’avec le temps….
Actuellement, les voies veineuses centrales et parfois périphériques sont posées à l’aide d’un échographe, qui permet de savoir exactement où se situe les veines, les artères ..., ce qui permet de cathétériser la veine en toute sécurité puisque l’on sait où elle se trouve. Les complications en sont grandement réduites.
Les abords centraux par jugulaire interne et sous -clavière sont souvent remplacés par les PIC-Line, c’est-à-dire une voie centrale mise à partir d’une veine du bras, sous contrôle échographique et radiologique. Les complications sont moindres. Ce sont les DRUMS d’aujourd’hui.
N’oublions pas les chambres implantables (CIP) utilisées pour les chimiothérapies. Elles peuvent être posées en jugulaire interne, sous-clavière ou PIC-line.
L’endroit où l’on injecte la chimio (CIP) est sous-cutané, à distance de l’entrée dans la veine elle-même, pour diminuer les risques d’infections.
On insensibilise la peau qui recouvre la CIP avec une application de lidocaïne (Anesthésique locale) pour un meilleur confort du patient au moment où on introduit l’aiguille pour la pose de la chimio.
Le premier abord veineux central remonte à 1929 : Werner Theodore Otto Forssmann, médecin allemand
- S’anesthésie le bras
- S’incise la veine basilique
- Y introduit via un trocart un cathéter qu’il poussera jusqu’à l’oreillette droite.
Pour en revenir au DRUM de notre Musée, on le posait de la façon suivante : on perforait une veine de gros calibre du membre supérieur avec une aiguille d’un diamètre très respectable. Une fois en place, l’aiguille était protégée par 2 ailettes en plastique qu’on positionnait pour recouvrir l’aiguille et qui étaient fixées entre elles par un anneau en plastique afin que l’aiguille, sortie du bras, mais qui restait sur le cathéter ne blesse le patient et n’abime le cathéter. On montait le cathéter enroulé dans le petit étui qu’on voit en bas, jusqu’à ce qu’il soit en place, à l’abouchement de la veine cave supérieure.
Un contrôle radio systématique permettait de s’assurer de la bonne position du cathéter.
Pour les connaisseurs, je me permets d’ajouter que pendant toute la montée du cathéter, nous priions pour que celui-ci ne s’engage pas dans la jugulaire interne puis dans la tête. Ce qui obligeait à recommencer toute la procédure.
Une fois, un DRUM est placé chez un jeune homme victime d’une fracture ouverte, afin de lui administrer des antibiotiques. Le patient, très agité, réussit à désolidariser les ailettes de protection de l’aiguille. Celle-ci, non protégée, coupe le cathéter central. Le cathéter reprend sa forme initiale, enroulé sur lui-même. Comme le cathéter était bien placé à l’entrée de l’oreillette droite, celui-ci s’est replié sur lui-même dans le cœur.
Et c’est ainsi que ce jeune homme qui ne souffrait au départ que d’une fracture ouverte et d’un fort mauvais caractère aggravé par l’utilisation de substances hallucinogènes. Ce jeune homme donc a bénéficié d’une intervention de chirurgie cardiaque avec circulation extra-corporelle pour pouvoir récupérer le DRUM qui s’était enroulé dans le cœur.
On dit toujours en médecine que l’utilisation d’une thérapeutique doit pouvoir justifier les complications qu’elle peut entrainer….