Que nous disent les regards énigmatiques et emblématiques des super-héros amorphes de William Montaudié? Ces visages de robustes gaillards balafrés aux cranes rasés portent les marques des coups et la bonté de leur cœur
dans les yeux. Quelles aventures violentes ont-ils surmonté pour donner à voir leur visages lacérés, leurs cicatrices,
leurs plaies refermées dans la sérénité totale de leur regard
éternel ? Il ne dénonce pas ni la haine ni l'humanité barbare, il ne réveille que notre sensibilité extrême. La représentation nerveuse ne tend pas vers l'hyperréalisme et n'utilise que le noir et blanc, pour empêcher tout parasite par une quelconque couleur. On perçoit au-delà d’un possible choc visuel et esthétique, une indéfinissable émotion forte, liée à l’empathie. Après un
premier recul, le travail de l’artiste provoque et gomme à la fois des souvenirs émotionnels enfouis au plus profond de
chacun de nous. Ces regards, ces cicatrices interrogent nos propres expériences, nos bleus, nos peurs ou nos dégoûts. Portraits,
autoportraits ou simples miroirs, en tout cas des visages sans masques, cadrés sérés pour concentrer l’attention
recouvrent un terrain d’absence de repères matériels, d’espace ou de temps pour effacer toute convenance. Pas de sourire, pas d’animation. Une expression brute, nette, quelque peu amorphe presque choquante à regarder en
face lorsqu'elle est abimée. Ces visages représentent une douleur psychique, une vacance affective, une errance spirituelle, un vagabondage sans issue ni terme, une incapacité à la compréhension. La solitude étourdissante de ceux qui aiment plus qu’ils ne sont aimés. Car ces visages sont masculins, virils, vifs mais pétrifiés par une gorgone sans nom. En tout cas ils traduisent une souffrance assumée, supportée, subie. William Montaudié peint le visage pour donner à lire le choc physique représentatif du choc psychique. Il montre le plus
esthétiquement possible, avec des traits qui s’excusent presque d’être si visibles quoique minces, ce que l’homme piétiné
devient à force d'insultes, de mépris, de discriminations...
Le passé douloureux n’est plus invisible et neutre. Ces visages trahissent et montrent la face cachée d’amoureux piétinés. Cette énigmatique série romanesque, sans parole, sans titre ni signature forme un ensemble cohérent. Portée exclusivement par la seule partie du corps la plus sociable : le visage, les visages, cette série devient Odyssée. L’Odyssée d’amoureux dévastés. Ils trouveront, à coup sûr, d’autres amoureux des arts pour les aimer ! texte de Hubert Devillers