11/05/2026
est en exposition à la Galerie Espace Liberté, jusqu'au 13 juin. Mer, vendredi, dimanche 15h-19h; samedi 10h 13h et 15h 19h
J'ai regardé, j'ai écrit.
Des corps en obsolescence programmée
Ils se tiennent la main. Mais leurs corps vacillent.
Sniper Jack de la Muerte tire. Le nom prévient, l’œuvre confirme.
Architecte de formation, Jacques Filippi découpe le réel à la tablette, sans ciseaux ni cutter. Le geste est net, sans bavure. Il trace des silhouettes, les troue, les fragmente. Les corps ne sont jamais entiers. Ils flanchent, se délitent, laissent le fond s’infiltrer dans la chair, comme si la matière capitulait avant l’idée.
Deux amoureux avancent sur un bleu de layette.
Le contraste est presque doux. Les corps, eux, cèdent.
Leurs silhouettes en obsolescence programmée se consument tranquillement.
En bas :
« Il est riche. Elle a 30 ans de moins que lui. Ils ont tout compris du Développement Durable. »
Sniper ne tranche pas. Il pose la question déguisée en certitude et s’en va.
À nous de nous "laver les yeux."
Chez lui, le texte ne commente pas l’image. Il la déplace. L’un et l’autre s’écartent, se déséquilibrent. Il joue, en funambule embusqué sur une ligne de mire à l’horizon imparfait.
Le trait cerne, appuie, s’allège. Il décide de ce qui tient et de ce qui disparaît.
On pense à Valerio Adami, à Hervé Di Rosa, mais ici la ligne ne construit pas, elle fragilise.
Les ombres s’étirent plus vite que les corps, plus vite que le temps.
Tout ne tient qu’à un trait.
Myriam Bosc Naillet, alias