02/10/2026
LIEUTENANT MARCEL RIEFFEL : 24 HOMMES FACE AUX CANONS ALLEMANDS SUR LA LIGNE MAGINOT
En juin 1940, le lieutenant Marcel Rieffel commande la casemate d’Oberroedern-Sud, dans le secteur fortifié de Haguenau, l’une des positions de la ligne Maginot protégeant le nord de l’Alsace. Il appartient au 79e régiment d’infanterie de forteresse (79e RIF) et dispose d’une garnison d’environ 24 hommes. La casemate est une position relativement modeste : deux chambres de tir, des jumelages de mitrailleuses, deux canons antichars de 37 mm, des fusils-mitrailleurs et un mortier de 50 mm. Pourtant, lorsque l’armée française commence à se retirer d’Alsace, Rieffel et ses hommes restent à leur poste. Le front français s’effondre ailleurs, les forces allemandes progressent profondément dans le pays, mais une partie des équipages de la ligne Maginot reçoit l’ordre de continuer à tenir.
À partir du 17 juin, les mouvements allemands se rapprochent. Puis, les 19 et surtout 20 juin 1940, la 246. Infanterie-Division attaque les positions fortifiées du secteur. Les Allemands emploient leur artillerie, leur aviation et des canons de 8,8 cm utilisés en tir direct contre les cuirassements et les embrasures. Rieffel et ses hommes ripostent tandis que l’artillerie des grands ouvrages voisins, notamment Schoenenbourg et Hochwald, intervient pour briser les concentrations allemandes. Un incident extraordinaire illustre les conditions dans lesquelles la garnison poursuit le combat : certains projectiles destinés au mortier de 50 mm ne peuvent être correctement introduits à cause de leurs ailettes. Les hommes passent alors une partie de la nuit à limer manuellement les mu*****ns afin de pouvoir les utiliser. Près d’un millier d’obus de 50 mm auraient ainsi été tirés pendant les combats.
Le 20 juin, les coups de 88 mm frappent directement la casemate. L’un des projectiles atteint un créneau de la cloche GFM et tue le sergent Delsart, adjoint de Rieffel. Les impacts sont violents, mais la position continue à combattre. Les fantassins allemands ne parviennent pas à réduire Oberroedern-Sud par l’assaut. Il faut cependant éviter d’en faire le récit d’une poignée d’hommes combattant entièrement seuls contre une division : la force du système Maginot réside précisément dans la complémentarité des casemates et dans les tirs d’appui des ouvrages voisins. Rieffel exploite donc le dispositif pour lequel la fortification a été conçue : observer, tenir le béton, croiser les feux avec les positions voisines et obliger l’assaillant à s’exposer lorsqu’il tente d’approcher.
Lorsque l’armistice franco-allemand est signé le 22 juin, Rieffel et ses hommes sont toujours dans leur position. Les combats cessent officiellement dans la nuit du 24 au 25 juin 1940 et les équipages encore en place doivent finalement abandonner leurs ouvrages sur ordre. Oberroedern-Sud n’a donc pas été emportée de vive force : Rieffel et sa petite garnison cessent le combat parce que le commandement français leur ordonne de le faire. Les hommes partiront ensuite en captivité. La casemate existe toujours et conserve les traces des tirs allemands ; elle est aujourd’hui couramment appelée « casemate Rieffel ». Le parcours de son commandant et de ses hommes rappelle ainsi une réalité souvent masquée par l’effondrement général de mai-juin 1940 : certaines positions de la ligne Maginot étaient encore en état de combattre lorsque l’armistice mit officiellement fin aux opérations.
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