29/05/2026
Histoire de France 2.0
« Je ne suis plus Anglais depuis que les Anglais sont pirates sur mer et assassinent nos officiers en Nouvelle-France. » Voltaire.
28 mai 1754 : assassinat de Jumonville (actuel État de Pennsylvanie aux États-Unis). Cet assassinat intervient dans le contexte de la lutte entre Français et Britanniques pour le contrôle de la vallée de l'Ohio. Il est le préambule à la quatrième guerre dite « intercoloniale » opposant les couronnes de France et d’Angleterre en Amérique du Nord, préambule à la guerre de Sept Ans qui débutera deux ans plus t**d.
L’affrontement de 1754 oppose le commandant français Joseph Coulon de Villiers, sieur de Jumonville, à George Washington. Le futur premier président des États-Unis est alors jeune officier dans la milice de Virginie, troupe d'auxiliaires coloniaux britanniques. Le 27 mai 1754, Washington apprend qu'un détachement français d'une trentaine d'hommes campe dans une petite gorge non loin de Great Meadows.
Au matin du 28, il s'y rend avec quarante hommes et des auxiliaires amérindiens. S’en suit une fusillade d’une quinzaine de minutes. Neuf soldats canadiens sont tués et vingt-et-un sont capturés, y compris le commandant du détachement, Joseph Coulon de Jumonville, qui est blessé. Un homme réussit à s'échapper et rejoint Fort Duquesne pour donner l'alerte. Les Anglais comptent un mort et deux blessés. Venu avec un statut d'émissaire, Coulon de Jumonville avait pour mission de reconnaître si le territoire réclamé par la France avait été envahi.
En cas de réponse positive, il était chargé de délivrer aux Britanniques une sommation de quitter les terres dépendantes de Louis XV. Les Canadiens affirment que Jumonville a été exécuté alors qu'il protestait d'avoir été pris en embuscade.
Washington se justifiera par la suite en disant l'avoir pris pour un espion plutôt qu'un émissaire. Dans une lettre à son frère, George Washington écrit à propos de Jumonville : « Je m'en sortis par chance sans aucune blessure, car l'aile droite, où je me tenais, était exposée et reçut tout le feu ennemi ; et c'est là où fut tué [notre] homme, et ceux qui furent blessés. »
Il conclut par une phrase restée célèbre dans l’histoire américaine : « J'ai entendu siffler les balles, et croyez-moi ce son a quelque chose de captivant ».
En réponse à cet assassinat, Claude-Pierre Pécaudy de Contrecœur, commandant du Fort Duquesne, envoie un détachement de cinq cents hommes. Ils ont pour mission de capturer Washington, le propre frère de Jumonville, Louis Coulon de Villiers, dispose du commandement. Les poursuivants, qui trouvent les cadavres des victimes abandonnés aux loups, parviennent à leurs fins plus d'un mois plus t**d, à Fort Necessity, lors de la bataille de Great Meadows, le 3 juillet 1754.
George Washington évite le jugement pour meurtre, et donc l'exécution, en échange de sa reddition et d'aveux signés complets où il s'accuse d'être l'assassin de l'officier français. Il est remis en liberté. Le gouvernement britannique affirmera par la suite que c'est l'assaut de Washington qui « mit le monde en feu », et qui déclenchera le début de la guerre de Sept Ans.
Illustration : La mort de Jumonville, illustration d’Alexandre Dumas, « La Regence et Louis Quinze », Paris, 1855.
Pour aller plus loin : Marcel Trudel, « L'Affaire Jumonville », Québec, éditions PUL, 1953.
272 ans jour pour jour, 28 mai 1754.