18/06/2026
René Guilbaud nait à Mouchamps en 1890. Son père, pharmacien, connait bien la famille Clemenceau qui possède une demeure de la commune. Grâce à Georges, alors Président du Conseil, il obtient une bourse pour que son fils puisse étudier à l’Ecole Navale.
Car à cette époque, le jeune René ne rêve que d’une chose, devenir marin.
C’est au début de la guerre, alors qu’il est enseigne de Vaisseau, qu’il passe son brevet de pilote.
Mais toujours pour la Marine qui commence à développer ce qui deviendra l’Aéronavale.
Gravissant rapidement les échelons hiérarchiques, il se retrouve, à moins de 30 ans, à la tête des écoles d’Hourtin et de Saint Raphaël.
La spécialité, ce sont les hydravions, qui selon lui, sont les seuls à pouvoir effectuer des vols longue distance de façon fiable et régulière. Nous sommes dans les années 20, une époque où l’on cherche à ouvrir des liaisons intercontinentales et à resserrer les liens entre le France et ses colonies.
En 1926, le Ministère Marine finance ainsi un vol d’essai qui doit la validité d’une liaison régulière entre la France et l’une des perles de l’empire : Madagascar.
Le 12 octobre, deux hydravions s’élancent de l’Etang de Berre. L’un est piloté par le lieutenant de vaisseau Bernard et l’autre par le lieutenant de vaisseau Guilbaud. Après 265 heures de vol, Bernard e son mécanicien atteignent Madagascar et amerrissent après un raid de 28 000 kilomètres.
Et Guilbaud ?
Il tombe en panne au 2/3 du parcours et réussit à se poser sur fleuve Niger. Il lui faut attendre plusieurs semaines pour trouver un nouveau moteur. Mais comme l’expliquera son petit-fils Hervé, plutôt que d’achever son raid pour Madagascar, » il va faire un grand périple le menant partout en Afrique et revient en France après une expédition de 22 000 kilomètres et 38 étapes.
Il est accueilli triomphalement à Marseille en mars 1927 et à 27 ans, devient le plus jeune chevalier de la Légion d’honneur.
2 mois plus t**d, Lindbergh réalise la première traversée de l’Atlantique, reliant New York à Paris en 33 heures à bord du Spirit of Saint Louis.
Qu’à cela ne tienne. Guilbaud décide d’être le premier à réaliser cette même traversée, dans l’autre sens, un exploit encore plus difficile. Il s’attache alors à construire un hydravion sur mesure avec les ingénieurs des usines Latham en Normandie. En juin 1928, le Latham 47, probablement l’un des avions les plus modernes de l’époque est fin prêt. Guilbaud n’attend plus que des bonnes nouvelles de la météo pour s’élancer.
Mais le 14 juin, c’est un ordre qu’il reçoit. Georges Leygues, le Ministre de la Marine lui demande d’utiliser son hydravion pour se porter au secours de l’équipage du dirigeable Italia.
Commandé par le général Umberto Nobile, l’appareil de 100 mètres de long effectuait une expédition scientifique au-dessus du pôle Nord quand il a été pris dans une tempête. La cabine de contrôle s’est écrasé sur la banquise avec 10 membres d’équipages alors que les 6 autres disparaissent dans l’immensité glacée avec la toile. On ne les retrouvera jamais. On compte 9 survivants qui après une semaine de calvaire parviennent à envoyer un SOS.
Les autorités norvégiennes montent en urgence une expédition de secours dirigée par le célèbre explorateur Amundsen, star de la conquête des pôles. La France s’associe donc à cette opération de la dernière chance en mettant Guilbaud et son avion à la disposition des Norvégiens.
Modifié à la va-vite pour s’adapter aux conditions polaires : hélice en métal à la place du bois, skis à la place des flotteurs, l’hydravion part en direction du Spitzberg, depuis Tromsö, au nord de la Norvége. Nous somme le 17 juin 1928. Vers 19h le Latham envoie un message radio : « Ne quittez pas l’écoute…communication prochaine ».
Ce sera les dernières nouvelles que l’on recevra. Plus jamais on ne reverra René Guilbaud, Amundsen, Dietrichson, spécialiste du pilotage des régions polaires, de Cuverville le co-pilote, Valette le radio et Brazy le mécano.
Les recherches se poursuivront en vain jusqu’en septembre mais tout ce que l’on retrouvera c’est un flotteur, un réservoir de l'hydravion ainsi qu'un radeau de fortune près de la côte de Tromsø.
On supposera plus t**d que désorienté par le brouillard, l’hydravion s’est quelque part dans la mer de Barents près de l’Ile aux Ours. En 2009, la marine norvégienne tentera de localiser l’épave avec un sous-marin. Mais sans succès.
En revanche, Umberto Nobile et plusieurs de ses hommes seront finalement secourus 7 semaines plus t**d.
René Guilbaud ne traversera donc jamais l’Atlantique. Son histoire est aujourd’hui gravée sur la stèle commémorative située dans le parc de Mouchamps : un avion planté dans le sol avec le commandant Guilbaud au centre.