26/05/2026
« Maurice Guillaudot » : le gendarme qui transforma l’uniforme en arme de Résistance
Le nom de Maurice Guillaudot, Compagnon de la Libération, appartient à ces parcours où le courage ne s’exprime pas seulement sur un champ de bataille, mais aussi dans les choix silencieux, les refus, l’organisation clandestine et la fidélité à une idée de la France. Né à Paris le 28 juin 1893, fils d’un garde républicain, il débute pourtant une vie ordinaire. À seulement 16 ans, il travaille aux chemins de fer du Paris-Orléans. Rien ne laisse alors imaginer qu’il deviendra l’un des artisans majeurs de la Résistance française dans l’Ouest du pays.
La Première Guerre mondiale révèle très tôt sa personnalité. Engagé dès 1911 au 1er régiment d’artillerie de campagne, il rejoint ensuite l’infanterie au 13e régiment d’infanterie avec le grade de sous-lieutenant. La guerre le forge dans la violence des combats. Blessé quatre fois, cité six fois, il se distingue par une conduite exceptionnelle et reçoit la Légion d’honneur sur le champ de bataille en août 1918. Pour beaucoup d’hommes, une telle guerre aurait représenté une vie entière. Pour lui, elle n’est qu’un début.
Après le conflit, il choisit la gendarmerie et rejoint l’École d’application de Versailles, dont il sort troisième de sa promotion. Sa progression est régulière. Il sert successivement à Luçon, Paris et Cannes, devient capitaine puis chef d’escadron avant de prendre, en 1940, le commandement du 2e Groupe de la 4e Légion de la Garde républicaine mobile à Vitré. Lorsque vient l’Occupation, beaucoup cherchent à survivre ou à attendre. Maurice Guillaudot, lui, choisit une autre voie.
Le 17 juin 1941, il refuse d’employer la force contre des habitants de Rennes venus fleurir les tombes des victimes d’un bombardement. Ce geste lui vaut une mutation rapide à Vannes. Mais cette sanction devient un tournant. Il comprend très tôt qu’une structure comme la gendarmerie peut devenir une formidable base pour la Résistance. Progressivement, il construit un réseau mêlant discipline militaire, renseignement et organisation clandestine. Sous le nom de « Yodi », il rejoint en 1943 le réseau Coockle et fournit au BCRA le célèbre plan « panier de cerises », un document d’une valeur considérable détaillant avec précision les installations allemandes du Morbihan : dépôts, garnisons, points faibles, terrains d’aviation et postes de commandement.
Son action prend rapidement une ampleur considérable. Chef de l’Armée secrète du Morbihan, il organise la récupération d’aviateurs alliés, la réception des parachutages et prépare les maquis. Lorsque les Alliés débarquent en juin 1944, près de 12 000 hommes encadrés et armés sont prêts à entrer en action dans le département, notamment lors des combats de Saint-Marcel. Pourtant, Maurice Guillaudot ne verra pas directement cette œuvre se déployer. Arrêté à son domicile le 10 décembre 1943, il subit pendant des mois interrogatoires, violences et tortures sans jamais parler. Déporté à Neuengamme, il survit à l’enfer concentrationnaire avant de revenir en mai 1945, épuisé physiquement mais vivant.
Après la guerre, il est promu général de brigade en novembre 1945. Parmi ses nombreuses distinctions figurent la Grand-croix de la Légion d’honneur, le titre prestigieux de Compagnon de la Libération, la Croix de guerre 1914-1918 et la Croix de guerre 1939-1945. Maurice Guillaudot s’éteint le 23 mai 1979 à Hédé, en Ille-et-Vilaine.
Son histoire rappelle une vérité souvent oubliée : certains hommes résistent avec des armes ; d’autres résistent avec une organisation, un serment et une volonté que ni la peur ni la torture ne parviennent à briser. Maurice Guillaudot faisait partie de ceux-là.