23/10/2024
Andrea Mantegna, Lamentation sur le Christ Mort, 1475-1478
On constate que les représentations religieuses de la Renaissance on pu présenter une figure plus humaine que divine du Christ. Andrea Mantegna représente en effet un Christ dont le corps s'étale dans un espace humain qui est l'espace en trois dimensions.
Mais cette oeuvre de Mantegna arrive en fait assez tôt dans la production picturale italienne du Quattrocento.
Tôt dans la mesure où, pour la première fois, le point de vue subjectif (alors qu'il venait de faire preuve d'une grande légitimation théorique par la perspective en point de fuite) arrive face à un dilemme qui, s'il n'est que pressenti par Mantegna, ne sera pas résolu avant la fin du XVIe siècle :
un point de vue subjectif peut-il vraiment rendre compte de l'intégrité objective du visible ?
Or Mantegna, appartenant à l'esprit renaissant, répond par l'affirmative : il y a bien pour lui une coïncidence entre le Sujet et l'Objet.
Toutefois le peintre explore un point de vue qui déforme les proportions traditionnelles :
l'écrasement du torse et des jambes la proportion de la tête par rapport au corps (légèrement soulevée par rapport au corps raccourci ce qui accentue sa dimension) la hauteur des mains égale à la hauteur des bras la hauteur des pieds égale à la hauteur des jambes
Bref, le corps du Christ apparaît étrange.
Mais ces distorsions (dues à la position subjective du point de vue) sont récupérées par une rationalisation des effets de raccourci.
Le but étant pour Mantegna de trouver des proportions adéquates pour un point de vue donné.
Le point de vue en raccourci n'empêche pas la symétrisation des parties avec l'alignement horizontal des membres (coudes, mains, genoux et pieds) ni la visibilisation des stigmates.
La tête fait la moitié du torse et la moitié des jambes ce qui correspond assez aux proportions classiques et le corps est circonscrit en un cercle (dont le centre toutefois n'est plus attribué au nombril mais au sexe du fait du raccourci).