Strasbourg devient la capitale du Reichsland Elsaß-Lothringen. Durant la guerre, la ville avait subit un siège qui causa la destruction de quartiers entiers et contraignit la place-forte à capituler. Pour éviter que la Ville, très proche de la nouvelle frontière, ne puisse à nouveau être assiégée et bombardée, les allemands décident de construire de nouvelles fortifications. Dès le mois de mars 18
71, les ingénieurs prussiens préparent le projet des nouvelles fortifications de Strasbourg. Ils projettent de construire une ceinture comprenant 14 forts détachés, sur une longueur d’environ 33 kilomètres, distants entre 4 et 8 kilomètres des murs de l’enceinte urbaine et espacés entre eux de 1 500 à 4 400 mètres. Ce sont ces forts en forme de lunette aplatie, à fossés secs ou à fossés en eau en fonction du terrain, qui doivent dorénavant tenir à distance l’artillerie des assiégeants. Le fort V d’Oberhausbergen
Les hauteurs des “Hausbergen” dominent la ville à l’ouest et constituent une position stratégique importante sur l’axe d’une probable attaque française attendue au nord-ouest. C’est pourquoi, on choisit d’implanter sur la colline dominant le village d’Oberhausbergen le fort n° V bientôt baptisé Fort Grossherzog von Baden - fort du Grand-duc de Bade. Il s’agit d’un grand fort à fossés secs construit d’après le plan théorique élaboré par le général Hans Alexis von Biehler. Il est conçu pour porter 36 canons et abriter 930 hommes de garnison. Construit entre 1872 et 1875, c’est sur son site que l’ensemble des fortifications de Strasbourg seront inaugurées par les autorités allemandes. La crise de l’obus à brisance en 1883 suivie de celle de la mélinite en 1886, remet en cause les fortifications maçonnées des années 1870. Pour y remédier, les forts de Strasbourg vont faire l’objet d’importantes campagnes de renforcement à partir de 1887. La ceinture est complétée par 5 ouvrages intermédiaires et par une centaine d’abris. De modernisation en transformation, le Fort Grossherzog von Baden perd peu à peu sa fonction première de batterie d’artillerie pour devenir un puissant point d’appui d’infanterie. C’est dans cette optique qu’il est mis en état de défense en 1914. La guerre se déroulant loin de Strasbourg, il est converti en 1916 en camp de prisonniers pour des soldats venus du front de l’est, les peintures d’une chapelle orthodoxe témoignent de leur passage. Du Fort Grossherzog von Baden au fort Frère
L’Alsace-Lorraine redevenue française en 1918. Le fort est rebaptisé fort Pétain. Il est réemployé par l’armée française à la fin des années 30 et occupé durant la « drôle de guerre » par un régiment d’artillerie qui s’en sert comme casernement. Après la défaite française de 1940, l’Alsace-Lorraine est annexée par le troisième Reich. Après 1945, redevenu français, le fort change une dernière fois de nom pour devenir fort Frère, du nom de gouverneur militaire français de Strasbourg en 1940, mort en déportation durant la guerre. Le fort sert alors à nouveau de dépôt pour l’armée française jusqu’au début des années 1960, date à laquelle il est abandonné. Depuis 2000, la section fortifications du club sportif et artistique de la garnison de Strasbourg s’est donnée pour mission de faire revivre ce site fortifié. Une équipe de 30 bénévoles restaure et entretien le fort. Lors de visites guidées, le public découvre, de galeries en casemates, les missions et équipements d’un grand fort de place de la fin du XIXe siècle. Par de-là, la visite du fort permet à un public varié de mieux appréhender l’histoire de la capitale européenne entre 1870 et 1945.