24/04/2024
Demain, jeudi 25 avril à Iconoclastes Galerie [𝐕𝐄𝐑𝐍𝐈𝐒𝐒𝐀𝐆𝐄] de l’exposition 𝐑𝐄𝐅𝐋𝐄𝐗𝐈𝐎𝐍 de l’artiste photographe Yolette Bouchar
𝕯𝕵 𝖘𝖊𝖙 - 𝕽𝖆𝖛𝖊𝖓 + 𝕷𝖊𝖈𝖙𝖚𝖗𝖊 𝖝 𝕻𝖆𝖗𝖋𝖚𝖒 𝖉’𝖆𝖒𝖇𝖎𝖆𝖓𝖈𝖊.
Telle Antigone de Jean Anouilh, Yolette Bouchar préfère la palette de nuance de gris, une ambiance équivoque de l’aube ou du crépuscule, entre chien et loup, où les corps sont des masses qui se glissent dans un paysage monochrome, sans relief ni perspective. Pourtant, avec ses bandes de réflexions, Yolette Bouchar magnifie la longueur d’onde la plus efficace du spectre visible : le 555 nanomètres. Bande plastique ou textile, cet élément technique souligne la fragilité dès corps, qu’il faut signifier par cette réflexion dont la luminescente renvoie à l’essence même de la vie. Bouchar n’est pas minimaliste, au contraire, son maximalisme pose les jalons d’une Nouvelle Renaissance qui rejoue la scène dramaturgique antique, dans une écriture en phase avec notre contemporanéité. La radiation émise, intangible et froide, déroute la pensée par l’illogisme même du phénomène. L’illumination n’est pas issue de la matière, mais de la réflexion qu’émet celui ou celle qui observe. Matière à penser, elle nous invite à panser nos blessures de l’existence, à redonner du poids à nos vies désincarnées par l’accumulation d’objet, de marque, de matière et de vitesse, qui nous rendent anonymes et invisibles.
Ce vibrato lumineux, attaché à la narration des éléments de protection et de signalisation, permet la perception-éclair du corps, la localisation-éclair de ses parties fragiles et accélère le repérage des corps en déperdition. Cet appel visuel criard remet le sujet du Soi sur la sellette. Je réfléchis donc je suis. C’est la philosophie que Bouchar réinvoque dans son œuvre photographique ontologique. La question n’est plus « être ou ne pas être » mais quelle est notre aura, notre spectre de visibilité dans ce monde chargé de signe et d’objet. Ce surlignement est un appel à l’attention, l’intention et à la sollicitude, activé par une tension visuelle qui au-delà de dire pour son porteur « je suis là » amorce une action attendue pour celui ou celle ou ceux qui regardent. Alors que choisissons-nous de faire, passons-nous notre chemin, comme si de rien n’était ou posons-nous la main sur ce dos offert... Ces lignes et surfaces luminescentes sont des étendus de lien et des appels au soin plus efficaces que les tags ou graffiti, la façon moderne d’écrire dans l’espace urbain « hic et nunc » —ici et maintenant—, « hic sunt leones » —ici, sont les lions !
Yolette Bouchar ou le retour au théâtre social dramaturgique où tout nous invite à une réflexion ontologique sur qui nous sommes, comment nous nous le signifions dans l’espace sociale et publique, comment nos vulnérabilités sont inscrites dans la scène sociale et économique. Au-delà, encore, il pose outrageusement la question du comment depuis les temps antiques la détérioration de la Chose Publique, nous contraint à nous signifier pour être pris en compte...
Réflexion, de Yolette Bouchar, une série d’œuvres photographiques hautement philosophique, où la photographie incarne le quotidien, des petits insignifiants pourtant chargés de sens et de signe.
Fanjasoa Louisette Rasoloniaina
Professeur des ENSA / Université de Paris, Spécialiste en analyse écosystémique et stratégique des territoires et thérapeutique des écoumènes humains