17/06/2026
LE MIRACLE DU CHOU DU PÈRE MARIE-ANTOINE
Le Père Marie-Antoine est arrivé à Toulouse en avril 1857 pour fonder un couvent capucin. Il a 33 ans. Au printemps 1859, il va visiter une vieille femme dans la rue de l’Aqueduc, près du canal et de la chapelle provisoire. Une de ses voisines l’arrête. « - Mon Père, entrez au fond de ce couloir. Il y a là, dans un jardin, un homme qu’il faut convertir. Il a trois filles, qu’il n’élève pas chrétiennement. Il travaille le dimanche et manque la messe. » Le Père demande son nom et commence, comme à l’accoutumée dans ces cas-là, par un bon Ave Maria. Et il pénètre dans le jardin. L’homme est au milieu d’un carré de choux. « - Jean, je passe dans le quartier, j’aimerais faire connaissance avec vous. Vous avez l’air d’un bien brave homme. Vous êtes voisin et je ne vous ai encore jamais vu le dimanche dans notre chapelle, cela m’étonne un peu. » « - Ne vous en étonnez pas, mon Père. Je ne vais pas à la messe, je suis trop occupé. Il me faut gagner mon pain pour mes enfants et pour moi. - Ne craignez rien, mon ami, ne craignez rien. Dieu n’a jamais laissé mourir de faim ceux qui entendent la messe. Promettez-moi de venir dimanche prochain, moi je vous promets que Dieu vous assistera. » Et il lui tend la main. « - Tapez là. Parole d’honneur ? - Je vous le promets, mon Père. » Le P. Marie-Antoine bénit d’un geste le jardin, et s’en va, sûr que l’homme tiendra parole. On est lundi. Dimanche est loin, mais le Seigneur ne va pas attendre pour récompenser Jean de sa bonne volonté. Dès le lendemain, par un phénomène incroyable, un des choux de son jardin se met à grandir, grandir. On n’en a jamais vu de semblable. Il a près de deux mètres de haut au bout d’une semaine, et s’ouvre comme les deux arcs d’une lyre. Toutes les femmes du quartier sont là, à le contempler. Celle qui a fait pénétrer le Père dans le couloir et le jardin, crie plus fort que les autres : « - C’est un miracle ! C’est un miracle ! Venez voir le chou du Père Antoine ! »
Jean ne perd pas la tête. Il forme une clôture de son petit jardin avec de vieux draps et organise l’accueil de toute une ville qui apprend le phénomène et accourt pour voir : préfet, président, juges, avocats, nobles, bourgeois et ouvriers, tout s’ébranle. Les journaux réservent des colonnes au chou du P. Marie-Antoine, ils en donnent la description et le dessin. Le préfet fera un rapport sur le sujet, et l’Institut de France en demande des graines. Jean a aménagé trois portes par lesquelles on peut entrer dans son jardin. Il a mis ses filles à chacune des portes, qui demandent « un sou ou deux » pour entrer. Plusieurs messieurs et dames en donnent dix. Cela dure deux jours, et si bien qu’à la fin du second jour 1 500 francs ont été recueillis. Jean en a assez pour assurer 500 francs de dot à chacune de ses filles. Accompagnant leur père, elles sont venues se confesser avec de grands sentiments de piété. Et quand leur frère rentre du service militaire, elles le mènent aussitôt au capucin. « Que de bonnes choses, conclut le P. Marie-Antoine dans ses Souvenirs, le bon Dieu fit sortir du fameux chou ! »
Un témoin racontera bien après sa mort : « J’ai vu ce fameux chou et j’ai même aidé à la quête. Ce Jean s’appelait Navarre, et le propriétaire, M. Gardès, 4 rue d’Aqueduc. Il était fabricant d’égouttoirs, une sorte de pelle pour vider les barques envahies par l’eau. Ce n’était pas un jardinier de profession, mais, comme tous les habitants du faubourg, il avait derrière sa maison un petit jardin pour les besoins de sa famille. Chose singulière, le fameux chou a pris exactement la forme d’une pelle, d’un égouttoir immense sur lequel on pouvait voir des dessins que je n’ai pas étudiés de près, une pelle dont le manche aurait été planté en terre. Ce n’était plus un chou, mais une plante grasse d’une espèce et d’une forme inconnues, épaisse, dure, résistante. Toute la ville est venue le voir ». Sa carcasse desséchée a été conservée dans la buanderie du couvent où Jean l’a transportée, jusqu’à l’incendie de 1883 qui dévasta une aile des bâtiments.
De jacqueline Baylé, publié aux Éditions du Carmel (4e édition), 640 p. 24,00 €. Dans les librairies et en ligne.
À Toulouse, à la Librairie Siloé-Carmel, dans la crypte du couvent fondé par le Père Marie-Antoine, 33 avenue Jean-Rieux (parking), et au Petit Musée, à deux pas du Capitole, 12 rue du Sénéchal. Ouvert du mercredi au dimanche, 14h - 18h.