Petite présentationMon travail de peintre se construit à partir de témoignages, de rencontres, de liens, de lectures et de recherche d'images (documents d'actualité ou œuvres du passé) qui témoignent des violences infligées à l'Autre.En tant que peintre, j'ai un rapport particulier avec ces images qui nous inondent, que nous voyons mais ne regardons plus vraiment: nous tournons la page, nous"za
ppons".Je les visite avec beaucoup d'attention (et d'intentions!) et leur formatage, leur uniformisation sont inquiétants: il est à craindre qu'ils ne mènent à une stérilisation du sens et de l'esthétique faute d'ensemencement par la diversité.Certains de ces documents déclenchent en moi un désir, une sorte de nécessité d'aller plus loin, une rencontre en quelque sorte. Un regard, un échange de regards, un geste sont le plus souvent à l'origine de ce besoin qui presque toujours mènera à une grande toile.Commence alors le travail de recherche à la fois documentaire (photos, lectures ...) Je commence le plus souvent par déchirer des photocopies de la photo"déclencheuses"que j'associe à d'autres pour en faire des collages sur lesquels je dessine, gratte, barbouille à la recherche d'un rythme général dans lequel je me sente bien. J'intègre ces images en quelque sorte.Par la suite je dessine des détails, réinterprète au crayon, au pastel, à l'aquarelle, en gravure ….Par ce travail, je tente d'être au plus près des personnes que je représente, sans doute ce qu'on appelle l'empathie, quelque chose qui ressemble au rapport de l'écrivain avec ses personnages. Ce faisant, je me débarrasse de pas mal de soucis techniques qui pourraient me déranger au moment d'attaquer la toile (mais il en reste toujours, des doutes et des embûches…)Les sujets sont difficiles. Eviter en tout cas le voyeurisme (si fréquent dans les medias) et essayer de rendre à chacun dignité et individualité. L'avantage de la peinture est qu'un portrait peut ne pas être absolument "fidèle"et être, le cas échéant, plus respectueux de "l'image" des personnes représentées. Il y a de ma part une volonté de peindre "bien", de proposer des toiles regardables dans lesquelles on ait envie de circuler malgré la violence des sujets traités (exils, guerre, réfugiés, murs, etc.). Je souhaite donner matière à réflexion, à discussion. Le but est à la rencontre de l'Autre. J'aimerais que chacun puisse se reconnaître un peu dans certains regards croisés sur les tableaux, arriver à représenter ce que nous avons de commun dans notre fabuleuse diversité d'humaine.milieux socio-culturels très différents ( ce qui ne veut pas dire tout le monde, bien sûr).Le fait que les toiles soient assez grandes (on pourrait en quelque sorte les prendre à bras le corps) et résolument figuratives, que la texture donne à beaucoup l'envie de toucher, que l'espace soit très occupé et qu'on ne perçoive pas tous les éléments de manière immédiate, tout cela fait que le spectateur a tendance à prendre le temps de… regarder!Surprenant et fortement encourageant de constater que la peinture est capable, en passant par le sensible, (non par la sensiblerie!), de susciter des questions et des dialogues étonnants autour des Droits humains chez de grands adolescents en rupture scolaire, par exemple.Ces rencontres-là me font regretter qu'il soit si difficile de trouver des lieux qui les permettent. Je rêve d'une plus grande présence de l'art dans la Cité.