Le Musée de mon père

Le Musée de mon père La maison de mon père est un musée, ouvert à tous. La richesse d'une mémoire en partage...

21/03/2026
Visite numéro 23 bis.I am mother Ella.On sait que Disney a sorti Bambi pendant la guerre en 42, d’après un roman écrit p...
21/09/2025

Visite numéro 23 bis.

I am mother Ella.

On sait que Disney a sorti Bambi pendant la guerre en 42, d’après un roman écrit par un juif autrichien, Félix Salten, et que le film fut interdit en Allemagne parce que la métaphore avec la situation du peuple juif était par trop évidente.

On ne donne en général pas plus de détails et c’est dommage parce que Félix Salten était un touche-à-tout de génie, romancier, poète, scénariste, dramaturge, journaliste, critique de théâtre aussi, qui consacra la carrière de son ami de toujours Arthur Schnitzler, avec qui il courait les filles et la campagne à bicyclette.
Un séjour dans les Alpes en 1923 lui inspira le charmant Bambi, l’histoire d’une vie dans les bois, qui connut un tel succès par la justesse du ton et la finesse des observations, que son éditeur lui demanda par la suite toujours plus de romans animaliers, dont deux autres, Perri l’écureuil et Raymond, le chien de Florence, furent aussi adaptés par Disney.

Dumbo, c’est sensiblement le même cas de figure. Même genèse, mêmes ressorts narratifs, auteurs de même mémoire.
La jeune Helen Aberson (pas encore Meyer) de Syracuse, état de New York, et son illustrateur de mari Harold Pearl cédèrent en 39 pour mille dollars à Disney les droits de cette histoire qu'ils avaient écrite ensemble et ils se séparèrent aussitôt après. Leurs noms s’évanouirent ensuite peu à peu au gré des versions successives jusqu’à disparaitre quasi complètement. Aucun des deux ne publia plus jamais rien.

J'ai envie de dire que l'histoire d'Helen et d'Harold, qui semble n'être qu'une histoire douce de petit éléphant qui vole, est aussi (surtout ?) celle de mother Ella qui voit son enfant menacé et ne parvient pas à le protéger. L'éléphante s’inquiète pour son Dumbo, le couve, l’entoure, l’assure de sa tendresse et de son soutien, mais, inexorablement, le mal se rapproche et quand on finit par toucher à son petit, elle devient f***e.

Et quand elle devient f***e, elle casse tout. Et quand elle casse tout, on l’enferme et on l’immobilise. Cette scène du film de Disney où on voit la mère de Dumbo se faire maîtriser et enchaîner est une scène d’une violence inouïe, d’une tristesse absolue, aussi.

Il est intéressant de constater que les deux histoires que Disney a sorties pendant la guerre, en 41 et 42, sont ainsi Dumbo et Bambi, deux histoires d’enfants sans mères, toutes deux écrites par des Juifs, au grand dam des n***s.
Je ne sais pas quoi faire avec ça.

Les deux films sont sortis la même année en France après-guerre, en 1947, juillet pour Bambi et octobre pour Dumbo. Mon père avait donc 13 ans quand il a rencontré le petit éléphant volant et je ne comprends aujourd'hui que trop bien pourquoi ce film l'a tant touché.
Le petit Dumbo, perdu sans sa mère, qui vole avec ses grandes oreilles en pleurant autour de la prison où elle est enfermée, c’est le thème récurrent de l’enfance abandonnée, sans parent, sans accroche, sans attache, sans plus aucune sécurité, en manque d’amour. C’est si terriblement violent, si complètement déchirant. Mais si, comme Bambi, Dumbo va passer une bonne partie du film séparé de sa mère, lui va la retrouver à la fin, parce que madame Jumbo n’est pas morte.
Cette histoire de bébé éléphant luttant pour conserver sa place sur la piste du cirque, quitte à devenir clown, avant de découvrir son extraordinaire pouvoir et prendre conscience des perspectives qui s’offrent à lui de sauver sa mère est un pur fantasme d'orphelin.

Cependant le réel intérêt de l’histoire, je le réalise à présent, va plus loin encore. C'est la réhabilitation de la mère. Dès que mother Ella, devenue Madame Jumbo chez Disney, a l’assurance que son enfant va bien et que plus personne ne lui cherche noise, elle se calme. Elle n’a exprimé sa force qu’agitée par l’inquiétude et le chagrin.
Et pour qu’on comprenne bien à quel point madame Jumbo est débonnaire, Disney n’en a pas fait un grand éléphant majestueux, mais bien une mamma un rien pathétique avec un fichu rose sur la tête. Pas un fichu, d’ailleurs, pire, une espèce de cloche style bonnet de do**he volanté.
Un bonnet ridicule de mamma douce et aimante.

On serait bien inspiré de ressortir ce film de toute urgence il me semble. Pour rappeler à tout le monde que la mamma, quand tu lui rends ses gosses, elle se calme dans l'instant. Elle prend ses petits dans son giron, se recentre sur eux et ses ondes d’amour irradient loin autour d’elle.

49 des nôtres sont encore otages à Gaza. 22 seulement d'entre eux seraient vivants. Je me sens plus mother Ella que jamais et j'aspire au calme de toutes mes forces, de tout mon coeur.

Visite numéro 23. J’avais pris l’habitude de retrouver mon père au café chez Marelly à Holon, rue Krauze après qu'il ait...
26/08/2025

Visite numéro 23.

J’avais pris l’habitude de retrouver mon père au café chez Marelly à Holon, rue Krauze après qu'il ait fait son alyah. Nous parlions de tout et de rien, et il finissait toujours par raccrocher ses souvenirs. Et comme ça, un beau soir, il m’a raconté que Dumbo était son Disney préféré.

Je n’aime pas beaucoup Dumbo et je le lui ai dit. Ça ne lui a fait ni chaud ni froid, il était déjà reparti dans ses souvenirs d'enfance et c'était comme s'il se parlait à lui-même, "je suis allé le voir au cinéma".

Faut dire que dans la famille on avait un truc avec le cinéma. Marithé, notre reine de beauté, m’avait raconté qu’elle avait été prise pour jouer dans le film Ci******es whisky et p'tites pépées avec Annie Cordy et Pierre Mondy, mais le mari de sa mère qui était un homme bien n’avait rien voulu savoir. En ce temps-là, il était hors de question de laisser une fille être actrice parce qu’on racontait que ce milieu-là n'était pas un endroit respectable pour les filles de bonne famille et donc les trop belles filles de la famille pour se consoler et continuer à voir des films faisaient les ouvreuses au cinéma, avec leur petite loupiote pour éclairer les spectateurs dans le noir jusqu’à leurs places.

J'avais sorti mon téléphone, Dumbo est sorti en 1941, ah oui, quand même et j’ai demandé bêtement, tu es allé au cinéma pendant la guerre ? avec une espèce de soulagement, parce que s'il s'était trouvé une bonne âme pour emmener mon père enfant au cinéma, c’est qu’il y avait tout de même des trouées de lumière dans la période diabolique. Mon père a chassé ma question d'un revers de main, mais non évidemment, j’y suis allé après et nous sommes passés à autre chose.

………………………………..

Je ne sais pas comment Dumbo m’est retombé dessus la semaine dernière, la version images réelles de Tim Burton est sortie il y a 6 ans et elle n'a pas fait long feu. Il n'empêche. Je ne sais pas comment ni pourquoi, mais quelque chose m'a fait penser à Dumbo, ça m'a ramenée tout naturellement à mon père et j'ai été envahie d'attendrissement de l'imaginer petit orphelin regardant cette histoire d'un enfant qui essaie de retrouver sa mère.

Non. L'histoire d'une mère si furieuse qu'on agresse son enfant qu'elle se met très en colère pour le défendre. Si en colère qu'elle casse tout.
Si en colère qu'elle casse tout et qu'on la met à l'isolement après l'avoir enchaînée.
Si en colère qu’elle casse tout, qu’on l’enchaine, qu’on l’isole, et surtout qu’on la sépare de son enfant.

Cette sensation que j'ai toujours de voir voler autour de moi les pièces d'un puzzle auquel je ne suis même pas sûre d'appartenir. Cette sensation que si toutes ces pièces retrouvaient leur place, le monde me paraîtrait peut-être moins absurde.

J'ai réalisé que nous étions le 20 août, et que ce jour marquait l'anniversaire de la naissance de mon père. Alors je me suis installée à l'ordinateur et j'ai commencé à faire mes recherches.

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