13/05/2026
La dernière lisboete.
Mixte sur toile. 100x100 cm - 2026 Delphine DELORME.
Dans cette scène saturée de couleurs et de mouvement, une vieille femme lisboète silencieuse et fragile apparaît comme la dernière gardienne d’une mémoire urbaine en voie d’effacement. Sa présence contraste avec l’agitation euphorique des nouveaux nomades contemporains, venus profiter des vols low cost, des Airbnb et d’une ville devenue décor de loisirs mondialisés. Derrière l’humour apparent et les couleurs acidulées se cache la disparition progressive des habitants contraints de quitter leurs quartiers devenus inaccessibles. Autour d’elle, une jeunesse mondialisée, euphorique.Dans une composition presque carnavalesque, et joyeusement absurdes touristes costumés pour leur enterrement de vie de garçons, créatures marines hybrides et personnages ivres de fête composent une humanité flottante, consumant la ville comme une expérience éphémère, transformés en carnaval contemporain.
La composition met en tension deux réalités irréconciliables : celle des habitants contraints de quitter les centres historiques devenus inaccessibles, et celle d’une nouvelle population mobile pour qui Lisbonne, devient décor, expérience et terrain de divertissement. Le fleau de la gentrification.
Les frères siamois, figures récurrentes dans cette série, deviennent la métaphore de cette dépendance ambiguë entre les mondes : impossible séparation entre économie du tourisme et disparition progressive de l’âme populaire des villes. Ils incarnent aussi la dualité d’un système où fascination et destruction coexistent dans un même corps.
Par son esthétique volontairement joyeuse, presque festive, l’œuvre évite pourtant le jugement moral. Elle ne condamne ni les visiteurs ni les habitants, mais interroge un modèle économique global qui transforme peu à peu les villes historiques en espaces scénographiés, vidés de leurs communautés originelles au profit d’une circulation permanente de désirs, d’images et de consommation.